1 an soline1 an! Je me souviens de tout! Cette nuit là, il y a un an, alors que je savais que je devais dormir, qu’une douce nuit ne se représenterait pas de sitôt, que j’avais besoin de toutes mes forces pour le lendemain, je n’ai pas réussi à fermer l’oeil…. J’ai passé la nuit, les mains sur mon ventre, à sentir tes mouvements, à t’expliquer que le lendemain, on viendrait te chercher, troisième césarienne oblige, à essayer d’imprimer dans tout mon être, ce que c’est que de porter un enfant, toi qui seras, a priori, notre dernière petite… Et puis, cette angoisse sourde que j’essayais d’écarter, cette peur qu’il t’arrive quelque chose, qu’il m’arrive quelque chose, non, il ne peut rien m’arriver, il ne doit rien m’arriver, je dois aussi être là pour Paul et Louise.

Je me souviens de tout, de chaque détail…. Alors qu’il n’a pas fait du tout froid l’hiver dernier, il avait gelé ce jour là, et ton père a dû se précipiter pour gratter les vitres de la voiture afin que nous puissions partir à l’heure. Paul avait mal au ventre, mais « tu dois quand même aller à l’école ce matin, mon chéri, tes grands-parents arrivent cette après-midi et là vraiment ce matin, non je ne peux pas te garder ». Je me rappelle mon coeur qui se serre en disant au revoir à mon grand et à mon ange blond… Joie d’accueillir un nouvel enfant et tristesse de se séparer quelques jours des deux autres et de rebattre, de toute façon, le jeu de cartes familial…

Je me souviens de tout, comme si c’était hier…. De l’accueil à la maternité qui était toute paisible, de ne pas avoir attendu longtemps avant de passer au bloc, cette impression, comme pour Paul et Louise, que tout s’accélère au dernier moment, ça y est le bébé va naître, attendez je n’ai pas eu le temps de dire au revoir à mon gros ventre…

Je retrouve mon gynéco pour une troisième fois, je lui redis combien je lui fais confiance. L’anesthésiste s’en fiche, pour une fois, de mon travail dans les voitures, mais moi, j’ai besoin de parler pour m’accrocher, pour me sentir présente…Alors pendant que j’accompagne mon bébé en restant connectée le plus à elle, comme je l’ai appris en haptonomie, je lui parle un peu quand même, à cet anesthésiste, de mon grand-père et de sa foi si vivace, et de ma mère, qui me manque tant….Cela dure longtemps, je trouve, cela me trouble, plus longtemps que pour les deux aînés. Petite coquine, tu te présentes de face, tu es collée aux parois, il faut utiliser les forceps pour te tourner… ce qui te vaudra de vilains bleus…

Mais je ne vois rien de tout cela moi, car ça y est, tu es née, je te vois, toi, au bout de moi, si belle, si fragile, ma merveilleuse Soline….

Je me souviens de tout, de ton odeur dans mon cou, quand à peine sortie du bloc, la sage-femme géniale qui était là avec moi et à qui j’avais beaucoup parlé de mon désir d’allaiter, t’a posée sur moi, toute petite et toute chaude, et que tu t’es mise à téter tout de suite… Un an après, on commence juste le sevrage…

Je me souviens de tout et de cette joie surtout qui m’a envahie lorsque nous étions tous les trois seuls dans la salle de réveil. « Est-ce que ce sera aussi fort pour un troisième bébé »? m’étais-je demandée. Je peux te le dire à toi, ma toute petite, je n’ai pas ressenti une joie aussi pleine et sereine pour la naissance de Paul et de Louise. Pour Paul, c’était surtout la découverte face à notre premier bébé qui a primé et pour Louise, juste le désir de tenir dans nos bras cet enfant tant attendu. Non, là, c’était la joie pure et simple de t’accueillir, de voir notre famille s’agrandir, une confiance entière dans notre avenir, dans mon amour pour toi, pour Paul et Louise et pour ton père.

Je me souviens de tout, et bien sûr aussi, du fait que cette première année ne fut pas toujours rose, ma douce. Trois enfants, c’est quand même un beau tsunami! Je veux retrouver mes nuits complètes!!!

Mais ce que je veux surtout retenir, ma lumineuse enfant, c’est ton rire malicieux devant les facéties de ton frère et ta soeur, c’est ta délicieuse façon de te déplacer sur les fesses en snobant le quatre pattes, c’est ta manière de bousculer mes certitudes car tu n’es pas un copier-coller de mes deux autres enfants, c’est quand tu te blottis contre moi le soir et c’est quand ce matin, je t’ai prise dans mes bras pour te dire « Joyeux 1 an, Soline! »

Je me souviendrai de tout!

Crédit photo: RAPHO, extraite du livre Bébé année zéro, présenté ici