une fleur une vieElle s’appelle Jeanne. Ou plutôt, devrais-je dire « elle s’appelait » Jeanne? Quel temps peut-on, doit-on utiliser pour parler d’un bébé qui est mort avant d’être né et qui a pourtant tant compté et est encore si présent pour ses parents et sa famille?

Jeanne s’est éteinte, à un peu plus de sept mois de grossesse, sans que la médecine ne puisse l’expliquer. La faute à « pas de chance »… Et pourtant, la grossesse de sa maman, ma quasi soeur, se déroulait à merveille. Folle de joie avec son mari à l’idée d’accueillir cette petite fille, leur première enfant. Jusqu’à ce jour terrible, où ma si chère amie a fait un monitoring parce qu’elle trouvait que son bébé bougeait moins. Ce monitoring devait la rassurer mais le médecin a eu beau chercher le souffle d’un coeur, il n’ y avait plus de vie dans ce si joli ventre rond.

Alors, mon amie est devenue, selon ses propres mots, une « mère étrange ». Elle a dû accoucher, elle est bien devenue maman, son bébé est inscrit dans leur livret de famille…Mais elle était une « mère étrange » car sans enfant à bercer, à cajoler, sans enfant pour qui se lever la nuit et à cause de qui on râle car on manque de sommeil…

Une « mère étrange » aussi car, autant elle était le bonheur incarné avec son mari pour les autres, avec cette promesse de vie en elle, autant, d’un coup, elle a pris conscience qu’elle faisait peur aux gens, même si elle a été très entourée. Qui a envie d’entendre que les bébés peuvent mourir dans le ventre de leur mère ? Que faire alors? Se taire? Taire sa douleur?

Et de l’autre coté? Que dire à ce couple qui vit une telle épreuve? Quels mots utiliser? Même si cela est dit avec plein de bonnes intentions les « une telle a fait une fausse couche, maintenant elle a de beaux enfants », « vous êtes jeunes, vous en aurez d’autres », « il y a pire » font tellement de mal.

Alors, quand ma quasi soeur m’a parlé de l’événement « Une fleur, une vie » qui aura lieu le samedi 9 mai de 10 heures à 17 heures à la mairie du XVième arrondissement à Paris en me disant que cela serait bien si je pouvais le relayer sur mon blog, j’ai été d’abord très touchée de sa confiance. Car elle m’a autorisée à parler, dans ce billet, de Jeanne et de leur histoire. Puis, je me suis dit que c’était là aussi l’occasion de pouvoir aborder ce sujet encore tabou, ce deuil et ces situations si tristes que peuvent vivre les parents, souvent trop isolés. D’ailleurs, le thème de cette troisième édition de cette journée nationale de sensibilisation au deuil périnatal, initiée par un collectif d’associations,  est « mettre des mots ».

Un immense bouquet de fleurs va donc se créer au fur et à mesure de la journée du 9 mai pour honorer les tout petits. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, les fleurs peuvent aussi être achetées par Internet et seront déposées pour vous. Il y aura aussi des groupes de paroles, la projection du film « C’est une vie », la création d’un panneau des prénoms… « Une fleur, une vie » est vraiment pensé comme une journée qui permet de donner de l’existence à celui ou celle qui a existé un court moment et qui a laissé une trace, de trouver une juste place pour cet enfant au sein d’une famille et de la société. C’est aussi l’occasion de sortir de l’isolement et de donner de l’espoir après une expérience éprouvante.

Vous trouverez toutes les informations à propos de « Une fleur, une vie » sur leur site unefleurunevie.org ainsi que sur leur page Facebook ici.

Les bénéfices seront reversés aux associations de soutien au deuil périnatal, membres du collectif « Une fleur, une vie ». Mon amie m’a redit combien le soutien de ces associations sérieuses et compétentes est vital dans cette douloureuse épreuve. Alors pourquoi ne pas participer, vous aussi, à ce bouquet?

Le 9 mai, il y aura de ma part deux fleurs. L’une pour Jeanne, pour lui dire que même si elle n’a pas vu le jour, elle est dans mon coeur et que je ne l’oublie pas. L’autre fleur sera, et que mon amie me pardonne car je sais que cela n’a absolument rien de comparable, mais je ne peux participer à cet événement sans y penser un peu, pour les deux petits souffles de vie que nous avons perdus, Mister B. et moi, avant de pouvoir serrer dans nos bras, notre merveilleuse Louise. Bien sûr, ce n’étaient que deux fausses couches précoces, mais pour moi, c’était, les deux fois, tellement d’espoirs qui se sont envolés que je veux aussi déposer cette fleur en mémoire de ce qu’ils ont représenté pour nous… 

Mon amie qui ne croit ni en Dieu ni aux anges, aime à croire, pourtant, que Jeanne veille sur eux de là-haut, sur elle, sur son mari et sur son petit frère, né un an après sa mort.

Pour elle, Jeanne est une étoile.

Je le crois aussi, Jeanne.

une fleur une vie bis