rachida-dati_17822_w460Mercredi 6 août 2008,14h. Dernier rendez-vous chez le gynécologue, la naissance de Paul étant prévue pour le 20 août. Ce petit coquin se présente en siège, alors j’ai fait, quelques jours auparavant, une radio pour vérifier si la naissance par voir basse est possible (un vrai calvaire cette radio d’ailleurs, comment se mettre sur le ventre, enceinte de plus de 8 mois? Je me le demande encore!)
Et là, le verdict tombe : « il va falloir aller le chercher… Et tous les prochains aussi d’ailleurs… Et ce sera …demain! »
Remarque: j’ADORE mon Gyneco qui a mis au monde mes 3 enfants mais voilà, parfois, il est un peu laconique!
Mister B. et moi, nous sommes un peu sous le choc mais aussi très excités à l’idée de voir bientôt notre petit garçon, déjà chéri!
Plus qu’une après-midi pour tout préparer…
La césarienne ne me fait pas plus peur que ça… Je suis bien née ainsi moi, ça va aller! J’y vais donc « la fleur au fusil ».
Une césarienne et 24 heures plus tard, j’ai mon adorable bébé dans les bras. Mon petit Paul qui m’a rendu mère… Si heureuse de le connaître…
Et pourtant…. Je ne me suis jamais sentie aussi épuisée de ma vie, là, incapable de bouger sur mon lit dans ma chemise bleue d’hôpital avec des perfusions plein les bras, incapable de me lever pour prendre mon enfant…
C’est simple, moi qui ai eu la chance de ne jamais être opérée jusqu’à là, j’ai l impression que, au moment où je viens juste de donner la vie…je vais crever!
Je vois Mister B. donner le bain à mon petit garçon par la fenêtre qui sépare mon lit du petit box, le promener dans la chambre et moi je ne peux rien faire.. De là à penser que Mister B. s’y prend beaucoup mieux que moi, il n’y a qu’un pas!
Et puis cette sensation qui ne me quitte pas… Il n y a pas eu de « naissance », je n’ai rien fait, on m’a arraché cet enfant qui me semble, de ce fait, un peu inconnu…
Et le premier lever… Quelle horreur!
Même si je n’ai jamais vraiment eu mal à ma cicatrice, je n’étais pas préparée à ce choc et à ce côté « opération ».
A la sortie de la maternité au bout de 6 longs jours, je tremble sur mes jambes, espérant que la voiture ne soit pas trop loin…

Alors, quand un jour de janvier 2009, je vois Rachida Dati sur ses jolis talons aller au Conseil des Ministres 5 jours après sa césarienne… J’ai le moral dans les chaussettes! Alors que ma césarienne a déjà quelques mois..
Suis-je donc si douillette que cela?? Moi, 5 jours après, j’arrivai à peine à me lever, l’anesthésie m’avait tellement fatiguée que j’en oubliais même comment je m’appelais… Alors autant vous dire qu’un Conseiĺ des Ministres c’était juste impossible… (ou plus simplement aller jusqu’à la pharmacie pour louer un tire-lait…)
Même si je suis ravie pour Madame Dati qu’elle ait réussi cet exploit, cette image ou bien d’autres de jeunes mannequins juste accouchées plus jolies que tu ne le seras jamais, peuvent faire beaucoup de dégâts!
« Si elle y arrive, pourquoi pas toi? Finalement le congé maternité ça n’empêche pas de bosser! Et comment ça se fait que toi, tes kilos tu ne les aies pas perdus en 3 jours!? »
Et évidemment ces images peuvent aussi faire des dégâts sur nous, les jeunes mamans… Pourquoi nous, on ressemble à une baleine échouée 5 jours après notre césarienne!?

D’ailleurs, je suis loin d’être la seule à avoir été frappée par cette présence de Rachida Dati au Conseil des Ministres, puisque l’historienne et féministe, Yvonne Knibiehler, en a également parlé encore très récemment dans l’article du Elle du 26 septembre dont je vous ai déjà parlé ici. Dans cet article, elle répond à la question de la journaliste qui lui demande si le féminisme a du mal à défendre les mères, en expliquant que, en effet, dans les années 1960, pour obtenir l’égalité, les féministes avait pour mot d’ordre de mettre « la maternité entre parenthèses, car elle était perçue comme une aliénation » et qu' »il fallait nier le fait qu’enfanter était une charge ». Et elle affirme ensuite « on en est toujours là. Il y a quelques années, Rachida Dati est devenue emblématique de cette volonté, en assistant à un conseil des ministres en tailleur cintré cinq jours après une césarienne. » Merci Madame Knibiehler, même six ans après, que je me suis sentie moins seule à la lecture de vos propos!

Cependant, une amie m’avait fait remarquer que les médias nous avaient transmis cette image mais au final, nous n’en savions rien, peut être que Madame Dati s’est effondrée en rentrant chez elle!
Et même si elle ne l’a pas fait, ce que je lui souhaite bien sûr, sachez donc que non, ce n’est pas la réalité de la plupart des femmes!
Après un accouchement, notre corps et notre cerveau ont besoin de temps pour se remettre et dans le cas d’une césarienne, besoin de temps pour cicatriser, dans tous les sens du terme…
Mais je dois dire que le sentiment de nullité passé face à cette ministre, cela m’a piquée un peu au vif, et j’ai commencé à me renseigner, à lire, pour essayer de vivre mieux une potentielle autre césarienne…
Mais cela, c’est une autre histoire que je vous raconterai plus tard…