soline marchantAlors que ton frère et ta soeur avaient décidé du jour au lendemain de se lancer pour leurs treize mois, toi, tu as pris ton temps et choisi un autre chemin. Remettant ainsi en cause tous mes schémas faussement pré-établis, forte que je me croyais de ma grande expérience de deux ainés…

Tu as d’abord dédaigné le quatre pattes, et préféré circuler sur les fesses à une vitesse incroyable pendant plusieurs mois. Et puis, tu as choisi la technique des petits pas. Se hisser, longer tout doucement les murs, commencer par monter les escaliers, réclamer « main, main » pour que nous, tes esclaves plus ou moins consentants selon le moment de la journée, nous te fassions marcher en te tenant. Quelques pas seule, vite esquissés mais vite abandonnés pour la sécurité rassurante de se retrouver par terre….

Et pourtant, vendredi, soudain, à presque quinze mois, tu as décidé de traverser le salon. Oh, trois, quatre pas, à ta manière, très mesurés, itinéraire bien repéré auparavant, mais trois, quatre pas quand même. Et depuis, tu ne cesses d’augmenter la distance, testant de nouveaux terrains et ça y est… Soline marche!

Avec ton air sérieux et entièrement concentré sur ton effort, tu me fais penser à une danseuse de flamenco avec tes bras en l’air et tes tout petits pas. Ou à un adorable pingouin quand tu prends assez d’assurance pour mettre tes mains derrière ton dos, histoire de nous montrer que tu as de moins en moins besoin d’appui…Et quand tu arrives à la destination que tu t’es fixée, tu pousses un cri de joie et de fierté à faire pâlir d’envie tous les coachs en motivation…

Quelle émotion à chaque fois renouvelée quand un nouveau petit être se met debout et rejoint les hommes en marche! Voilà mon bébé qui devient de moins en moins petit, alors émotion oui, car c’était la dernière fois aussi en tant que parents que nous avons guetté ces premiers pas de l’un de nos enfants. Mais il y aura maintenant encore tant d’autres choses à guetter…

De nouveaux repères doivent s’installer car tout change… Je me retourne et mon regard de mère ne doit plus te chercher à terre, mais plus haut, verticale et en mouvement.

Je me plais à me demander comment tu marcheras plus tard… D’un pas lent et ample? Des petits pas pressés? Par des chemins détournés? Le poing levé?

Peu importe…. Je souhaite juste que ta foulée soit toujours douce et légère, peu importe où tu mettes les pieds, toi, mon petit bout de femme en marche.