faiseuse d angeDepuis sa première apparition en 2008, dans La Princesse de Glace, j’adore suivre les aventures et les enquêtes d’Erica Falck, l’héroïne des romans policiers de l’auteure suédoise Camilla Läckberg. La faiseuse d’anges, sorti en juin, est déjà le huitième opus qui se situe à Fjällbacka, ancien port de pêche de la côte ouest en Suède, reconverti en station balnéaire, qui sous des apparences tranquilles cache de sordides relations humaines…. Et je l’ai dévoré!

Pourtant, j’avais été un peu déçue par le précédent, Le gardien de phare, car je n’avais pas trop accroché à cette histoire d’île aux esprits et j’avais même trouvé assez choquante la peinture de ce couple d’homosexuels au siècle dernier, qui étaient représentés méchants et sadiques, parce qu’ils ne pouvaient pas vivre leur amour en plein jour. Assez rétrograde, avais-je trouvé.

Malgré cette déception, je n’ai pas résisté et j’ai acheté La faiseuse d’anges... et donc enchaîné quelques nuits encore plus courtes que celles que m’offrent déjà mes 3 bambins car j’ai été prise, encore une fois, par l’intrigue qui est toujours aussi haletante, imprévisible et bien construite. Et ce, sans trop d’hémoglobine ou de scènes de tortures insoutenables, comme on peut les trouver chez d’autres auteurs suédois et qui me rendent leur lecture difficile.

Une famille entière a disparu à Pâques 1974 sans laisser de traces, sur une île, laissant abandonnée la petite Ebba en pleurs dans la maison vide. Trente ans plus tard, Ebba revient mais très vite des événements troublants vont lui rappeler que le passé n’est jamais loin… Evénements sur lesquels Erica va s’empresser d’enquêter avec sa curiosité désormais légendaire!

On retrouve dans La Faiseuse d’anges tous les thèmes qui font que j’aime cette série: les faux-semblants, les relations familiales complexes, les allers et retours dans le passé, l’Histoire avec un grand H qui a toujours sa part dans l’intrigue… Et surtout encore une fois, le thème de la maternité qui a un rôle central. C’est ce rapport à la maternité, analysée au fil des tomes, qui me rendent ces romans policier si attachants.

Camilla Läckberg montre très bien, en effet, tout au long de son oeuvre, en quoi le fait d’être mère est loin d’être un long fleuve tranquille. Par exemple, il est suffisamment rare pour être souligné, qu’une héroïne de roman policier fasse une dépression post-partum. C’est le cas d’Erica à la naissance de son premier enfant dans le Tailleur de pierre. Quelle modernité pour moi de la part de l’auteur d’oser aborder ce sujet! « Sa lèvre inférieure tremblait. Elle en avait marre de pleurer. Il lui semblait qu’elle n’avait rien fait d’autre ces derniers mois. Si au moins elle y avait été préparée ! Le contraste était tellement énorme avec le tourbillon de bonheur qui, avait-elle pensé, allait l’emporter quand elle aurait son bébé. » Je suis définitivement devenue une fan d’Erica dans ce livre, touchée par la détresse qu’elle ressent après la naissance de sa fille, qui la rend proche de nous… Une mère presque comme les autres…

Devenue entre-temps mère de jumeaux, on retrouve Erica toujours en train de se débattre entre son équilibre professionnel et sa vie de famille dans La Faiseuse d’anges. Et pourtant, nous sommes en Suède avec un modèle idéal où le père, Patrick, a pu prendre quelques mois de congé parental (un régal à lire dans L’enfant allemand puisque Patrick ne cesse de solliciter Erica et emmène même leur fille sur des scènes de meurtre… ). Erica note que « Patrick l’aidait beaucoup mais c’était justement le hic : il l’aidait. Et quand l’un des enfants était malade, c’était à elle de repousser une échéance ou d’annuler une interview pour que Patrick puisse aller au boulot ». Combien de fois ai-je dû personnellement faire pareil? Et certains voudraient réduire le congé parental des mères pour laisser 18 mois aux pères? (à lire ici) J’attends de voir…

Camilla Läckberg arrive également très bien à décrire ce qu’une mère peut ressentir quand elle s’occupe de ses enfants et travaille à la maison : « Son envie de mener à bout une tâche sans cris d’enfants ni demandes d’attention était presque physique. Elle avait besoin de temps pour elle. Elle avait besoin de pouvoir être adulte. Les enfants comptaient plus que tout dans sa vie, mais parfois elle avait l’impression de sacrifier ses propres désirs ». Que cela est vrai! Camilla Läckberg devrait rencontrer Stéphanie Allenou, l’auteur du très beau témoignage Mère Epuisée, dont je vous ai déjà parlé de nombreuses fois (mais je ne m’en lasse pas, voir ici) qui raconte la même chose, à part que pour elle, c’était son quotidien…

Enfin, la maternité est également analysée dans ce nouveau volet des aventures d’Erica dans ses parties les plus sombres: la perte d’un enfant tout d’abord, au travers de différents personnages:  le souvenir de la femme du policier Gösta qui a perdu son petit garçon à la naissance et ne s’en est jamais remise, la soeur d’Erica, Anna, qui se sent comme « un vase cassé » suite à la mort in utero de son bébé, Ebba qui a perdu un fils mais aussi le thème de l’abandon, le thème des grossesses non désirées et ce titre terrible de « faiseuse d’anges », l’influence des « mères toxiques » etc.

Par la multiplicité des aspects étudiés et par l’importance et la redondance qu’il prend dans son oeuvre, on ressent combien le thème de la maternité est important pour Camilla Läckberg… pour la plus grande joie de ses lecteurs et lectrices pour qui, ces romans sont ainsi plus que de simples « policiers »!

A quand la suite?

Bonne lecture à tous!

La faiseuse d’anges, Camilla Läckberg, Actes Sud