(c) Mixa 1969

(c) Mixa 1969

Une jeune femme de ma connaissance a accouché récemment de son premier enfant. Une amie en commun s’étonnait que cette personne veuille reprendre au plus vite le travail:  » je ne comprends pas… Pourtant, être à la maison avec son bébé, c’est que du bonheur! »

Bien sûr!
Cajoler, materner, aimer un petit être, quelle joie profonde et immense!
Mais…
Mais je peux aussi comprendre cette jeune maman!
Tout d’abord, c’est la chance de notre génération en France, nous avons la possibilité de concilier les deux (même si cela est parfois acrobatique!): vie pro et être maman. Et pour certaines d’entre nous, le travail est tellement important à leur équilibre qu’elles souhaitent reprendre au plus vite. Respectons cette décision, fruit de tant d’années de lutte des femmes…
Mais dans ce cas précis, cela a plutôt l’air d’être autre chose qui est en cause…
Alors surtout arrêtons le politiquement correct! Être seule toute la journée avec son bébé de deux mois , ça peut aussi être stressant, angoissant ou tout simplement ennuyeux car les tâches se répètent et que certaines journées peuvent paraître très longues quand on a aucun adulte à qui parler en attendant que son conjoint rentre du travail…alors que dans notre vie active, on dirige des équipes, on prend des décisions etc… Et d’un coup seule avec Bébé!
Personnellement quand mon aîné est né, les trois premiers mois, j’ai été profondément angoissée: qu’allais je faire avec mon bébé quand celui-ci allait se réveiller? Comment l’occuper? Éviter qu’il pleure… J’en ai passé des heures à le promener dans le 15ieme arrondissement, parce que je redoutais, malgré tout l’amour que je ressentais, ce terrible face à face avec ce petit être qui ne voulait que rester scotché dans mes bras…
Le fait que ce soit un premier, le fait que j’avais été très peu en contact jusqu’à ce moment là avec de petits enfants, le fait d’être loin de ma famille et la fatigue immense qui m’habitait, tout cela explique ce profond sentiment d’impuissance que je ressentais…
Au bout de quelques semaines cette angoisse s’est apaisée. Je dirais que Paul et moi, on s’est apprivoisé et je reviendrai sur cette période dans un autre post.
Mais qu’est ce que j’ai pu culpabiliser environnée que j étais par ce discours ambiant :  » avoir un bébé, c’est que du bonheur! »
J’admire encore aujourd hui mes amies pour qui cela s’est fait simplement… Allaiter à flots, être à l’aise avec son bébé rapidement… Parce que oui évidemment c’est possible! Mais pas pour toutes ni tout de suite…
Et que certaines personnes m’aient dit à l’époque ou après coup: « ne t’inquiète pas, ce que tu ressens est normal, c’est un tel chamboulement, beaucoup d’autres femmes ont vécu ce que tu vis en ce moment et cela n’a pas empêché le lien avec leur enfant de se faire ni l’amour d’être immense entre eux » m’a grandement réconfortée!
Alors à cette jeune femme qui ne pense qu’à retourner au travail parce que manifestement elle appréhende cette nouvelle vie avec son bébé, j’ai envie de dire : ne culpabilise pas ! Et surtout parle… Parle de tes angoisses ! A ton mari, à ta mère, à un professionnel, à une amie, à la Pmi… Ne te laisse pas influencer par ce miroir déformant qu’on peut te renvoyer sur les joies de la maternité, façon « pub Mixa bébé ».
Et parle à ton bébé! Puisque finalement ce qui compte c’est ta relation avec lui!
Et tu verras que, petit à petit, cela prendra le temps qu’il faut, mais tu n’auras plus si envie de retourner si vite au travail… »