Gilles Verdiani pour La TurbuletteLes papas sont à l’honneur cette semaine sur La Turbulette! Après Laurent Cyr de Papa la Web série, que je vous ai présenté mardi ici, j’ai eu le plaisir de rencontrer Gilles Verdiani, l’auteur d’un livre que j’ai beaucoup aimé: Mon métier de père. Comme ils sont rares les ouvrages où les pères prennent la parole! Et comme c’est passionnant, quand certains d’entre eux se décident enfin à se livrer, de mieux cerner comment ces hommes vivent leur rôle de père, leurs joies mais aussi leurs peurs et leurs difficultés.

Pour le plus grand plaisir de la Turbulette, Gilles Verdiani a accepté de répondre à nos interrogations de mère sur ce beau « métier » qu’est la paternité.

Gilles, vous êtes l’auteur de Mon métier de père paru en 2012, pouvez-vous en quelques mots vous présenter?

Je suis l’heureux père de deux garçons de 8 et 4 ans, Marcello et Virgile. Je suis ce qu’on appelle « un parent tardif » puisque j’ai eu mon premier fils, Marcello, à 41 ans…. Après avoir bien profité de ma vie de célibataire! (Enfin, jusqu’à mes 37 ans, âge où je me suis marié…)

On dit que les parents « tardifs » sont généralement plus soucieux, plus attentifs face à leur progéniture que les jeunes parents, leur vie professionnelle et amoureuse étant déjà bien engagée. Et je crois que je correspond en pas mal de points à ce statut de parent!

Côté pro, un aspect me semble important par rapport à ma relation avec mes fils, c’est que mon métier me permet de travailler essentiellement de la maison.

Pourquoi avez-vous intitulé votre livre Mon métier de père ? Est-ce donc un travail que d’être père?

Le titre « Mon métier de père » n’était pas mon idée à la base mais celle de mon éditrice. Le titre que je voulais donner à mon livre est l’actuel sous-titre « Pourquoi est-il si compliqué d’élever ses enfants »? Car, c’est bien là le véritable propos du livre que cette difficulté que j’ai pu ressentir, qu’un père peut ressentir.

Mais mon éditrice a préféré le titre « Mon métier de père » car après l’avoir lu, elle avait du mal à concevoir que j’accorde autant de temps et d’attention à mes enfants et pour elle, cela représentait vraiment un « métier ». … Peut-être cela n’aurait il pas été de même si j’avais été une femme…

Finalement, même si cela n’est pas mon choix initial, j’aime assez que le mot « métier » fasse transparaître le fait que devenir parent, c’est loin d’être inné, que cela s’apprend…

Ce livre est-il un manuel d’éducation?

Non! Il y en a suffisamment! Avez-vous remarqué combien les parents sont actuellement sur-informés au sujet de la grossesse, la naissance et l’éducation? A l’époque de mes parents, à part le fameux Laurence Pernoud, peu d’ouvrages traitaient de ces sujets.

Aujourd’hui, vous pouvez trouver de nombreux livres d’experts…… Ou de parents! Et il n’y a qu’à voir la mine d’informations que vous avez sur les forums dits « parentaux »…. A portée de main… Mais aussi, avec toutes les injonctions et leurs contraires que l’on peut y lire…De quoi se perdre…

Alors non, ce n’est pas un manuel d’éducation, ce n’est pas non plus un journal, mais bien le récit d’un père ordinaire du début du XXI ième siècle, un témoignage sur le fait que ces actes si naturels que sont enfanter et élever ses enfants peuvent se transformer en un véritable parcours du combattant, en une épreuve causant de grandes souffrances morales. Je souhaitais donner ainsi quelques clés et analyses aux pères qui se trouveraient peut-être confronter à la même situation et leur montrer comment je me suis sorti de cette difficulté.

couverture poche métier de père

Pourquoi est-ce si compliqué, selon vous, Gilles, d’élever ses enfants?

Cela est devenu compliqué… Je parle, au début de mon livre, de cette chatte qui vient  d’accoucher pour la première fois près de mon garage et pour qui tout semble simple, qui n’a jamais à trancher le moindre dilemme concernant ses petits. Pour nos parents, il y avait plus ou moins une norme en matière d’éducation et on la suivait sans (trop) se poser de questions.

Aujourd’hui, nous sommes, comme je l’ai dit, sur-informés. Et de plus, le terrain de l’éducation a été investi par de nombreuses injonctions émanant d’autorités reconnues dans la matière… et qui sont souvent contradictoires! Allaitement, pas allaitement, vaccins, pas vaccins, doudous, pas doudous… Tout est sujet à antagonisme et il y a de quoi devenir dingue.

Je relate notamment l’épisode où nous avions suivi les conseils d’un livre écrit par deux médecins pour essayer de trouver une solution aux réveils nocturnes de mon aîné, alors âgé de 9 mois. Selon ce livre, nous devions laisser pleurer notre enfant sans intervenir car sinon nous le condamnions à avoir toute sa vie des problèmes de sommeil. En résumé: vous devez être cruel, sinon vous serez coupable. Nous avons essayé…. mais vite abandonné car comment lutter contre cet instinct qui nous porte à donner à notre enfant ce dont il a besoin, ici une présence rassurante la nuit? Si les auteurs de ce livre savaient que non seulement nous ne n’avons pas laissé pleurer notre fils mais qu’en plus nous avons dormi de longs mois sur un matelas dans sa chambre! Aujourd’hui, Marcello dort très bien!

Je pense qu’il est aussi devenu plus difficile d’élever ses enfants car nous sommes dans une époque où la réussite prime qu’elle soit amoureuse, professionnelle, sociale… et familiale. On doit réussir ses enfants! La déception ne peut être que plus grande si ces petits êtres n’entrent pas dans ce que l’on avait projeté pour eux.

Si vous aviez quelques conseils à donner aux pères, quels seraient-ils?

Intéressez-vous à vos enfants! Finalement, je me rends compte que je  suis assez seul dans mon cas, peu de pères s’occupent vraiment, quotidiennement et pleinement de leurs enfants, surtout pendant la petite enfance. Oui, ce n’est pas forcément gratifiant tout de suite, mais il y a tant à gagner à passer du temps avec son bébé… Et autre avantage, cela vous permettra aussi d’aider votre conjointe, d’éviter d’en arriver à ce qu’elle vous dise qu’elle n’en peut plus… Occupez vous de vos enfants… et votre couple ne s’en portera que mieux!

Mon deuxième conseil, et je l’ai déjà abordé, c’est d’essayer de se tenir à l’écart des dogmes.

Enfin, je pense que cela facilite les choses quand on est conscient qu’avec l’arrivée d’un enfant, il va falloir renoncer à certains pans de sa vie d’avant. Comme je l’ai écrit, « avoir des enfants m’apparaît plutôt comme comme la révélation longue et laborieuse, d’une autre dimension de ma condition d’homme, révélation sans laquelle j’aurais pu continuer à être parfaitement heureux, et peut être même plus heureux. Une dimension où la recherche du plaisir personnel ne peut plus être favorisée, une dimension qui n’est viable, à mon avis, que si l’on privilégie, et de son plein gré, l’impératif moral. C’est en tout cas de cette manière que je m’épanouis: par l’effort constant, extrêmement gratifiant en ce que me concerne, de faire ce que je dois et d’agir pour le mieux, dans l’intérêt de mes enfants ». Il s’agit de passer de l’individu et du couple… à une famille!

Vous vous définissez dans le livre comme un « papa-poule ». Est-ce toujours le cas?

Oh oui! J’ai renoncé aux autres modèles de père que j’aurais aimé être, un papa jeune, un papa lointain, un papa copain, et je m’épanouis dans ce rôle de papa-poule. Un papa poule qui, comme je l’écris, « veille au grain en toute circonstance, déploie ses ailes protectrices à la première bruine, coquette doctement sur tous les événements de la basse-cour ». Cela me convient… Et surtout, cela semble convenir à mes fils!

Merci, Gilles, pour ces échanges! Et bonne lecture à tous ceux qui souhaitent lire Mon Métier de père!  Une idée cadeau de « dernière minute » pour la Fête des pères de dimanche?

Mon métier de père de Gilles Verdiani chez JC Lattès.

Après avoir été critique de cinéma et journaliste, Gilles Verdiani est scénariste et travaille pour la télévision, comme pour le cinéma ( « L’amour dure trois ans », auteur de l’émission « Le Cercle » sur Canal+ Cinéma…) Il a également publié trois livres dont cet essai sur la parentalité intitulé « Mon métier de père ». Et après avoir écrit de nombreux scenarii pour les autres, il vient de réaliser son premier film : « Reception (save the date) »