art de l'allaitement maternelSoline a décidé de se sevrer le jour de mon anniversaire. Comme cela, sans prévenir, d’un coup! Je me doutais bien que cela finirait par arriver avec la perspective de la semaine de vacances qu’elle va passer chez ses grands-parents et le fait qu’elle ne tétait plus, depuis deux mois, que matin et soir. Mais je n’étais pas encore prête et encore moins à ce que ce soit ce jour-là, ce jour où, pour moi, un printemps de plus vient s’ajouter. Mais voilà, du haut de ses seize mois, elle en a décidé autrement… Alors, est-ce pour m’aider à mettre fin à mes « années de lait » (si joli titre d’un ouvrage sur l’allaitement long) que j’ai décidé aujourd’hui de vous parler de ce livre à qui je voudrais rendre hommage, tant il m’a soutenue à chacun des allaitements de mes trois enfants? L’Art de l’allaitement maternel est un grand classique, édité par La Leche League qui s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde et qui mérite pleinement, selon moi, ce statut. Même si certaines peuvent trouver quelques passages un peu « extrémistes », comme sur la reprise du travail ou le co-allaitement, ce n’est rien comparé aux multiples et très complètes réponses qu’une future ou jeune maman qui souhaite allaiter peut y trouver. Et les nombreux témoignages apportent aussi beaucoup de conseils pratiques.

Je vous en parle mais je vous avoue que je l’avais acheté sur les conseils de la sage-femme (il existe depuis en poche) pendant la préparation à la naissance pour Paul… Et je ne l’avais pas lu! Oui, je vous avais déjà expliqué ici que pour ce première enfant, j’avais, pour une fois, décidé de ne pas trop me préparer, certaine que d’instinct j’allais savoir faire… Grosse erreur! Cela ne marche pas dans mon cas! Et je me suis donc retrouver à lire l‘Art de l’allaitement maternel en toute urgence à mon retour à la maison pendant les longues heures de nuit où je devais porter mon bébé qui ne voulait pas dormir. « Pourquoi est-il toujours collé à mon sein? C’est normal, la couleur de son caca? Il ne prend pas assez de poids, je fais quoi??? C’est quoi la meilleure position après une césarienne? »  Bref, bien plus qu’un Art, ce livre a été surtout un manuel de survie pour moi au début. Pour Louise, bien sûr, je l’avais relu avant d’accoucher (et oui, on apprend de ces erreurs!) et il m’a été encore une fois bien utile pour trouver des conseils, par exemple lorsque je me désespérais d’avoir une montée de lait à la maternité alors que celle-ci était juste retardée, sûrement en lien avec la césarienne. Je me suis plongée encore une fois dans sa lecture à la naissance de Soline. Et depuis seize mois, il traînait jamais trop loin sur ma table de chevet puisqu’avec Soline, j’ai exploré de nouveaux chapitres, l’ayant allaité plus longtemps que son frère et sa soeur. « Quand et comment diversifier l’alimentation d’un enfant allaité? Je suis malade, que dois-je faire? »

Sans l’avoir planifié, petit à petit, accompagnée par ce très bon guide mais aussi par les réunions de la Leche League de ma ville animées par une personne compétente, chaleureuse et à l’écoute, (alors qu’à la base, j’avoue que j’avais pas mal de préjugés sur ces réunions, qui se sont révélés totalement faux!) l’allaitement a duré. Moi qui pensais m’arrêter à six mois, n’imaginant pas la suite avec la diversification alimentaire et l’arrivée des dents et tout et tout… J’avais même ri au nez de la pharmacienne qui m’avait dit que puisque j’avais passé l’été, autant l’allaiter encore un hiver! Et puis, ne reprenant pas le travail tout de suite, cela s’est fait si naturellement, si paisiblement avec tant de complicité et de tendresse entre moi et ma fille. .. que j’ai fait fi de certaines remarques extérieures et que je n’ai pas vu le temps passé! J’ai aimé voir mon nourrisson grossir et grandir grâce à moi, j’ai aimé pouvoir emmener mon enfant partout sans trimballer un biberon, j’ai aimé voir le sourire de ma petite fille escaladant le lit pour se blottir contre moi au moment de la têtée…

Mais voilà, il va falloir que je range, ce livre, maintenant puisque Soline restera notre petite dernière. Je vais relire avant les paragraphes traitant de la tristesse qu’une mère peut ressentir au moment du sevrage. Elle est douce cette tristesse, car s’y mélange aussi, pour ma part, la joie de voir ma petite fille s’entrainer à manger à la cuillère, la joie de la voir croquer dans un sandwich lors de nos premiers pique-niques de l’année, la joie de la voir grandir tout simplement.

Finalement, je me dis que c’est aussi un beau cadeau qu’elle m’a fait pour mon anniversaire, la meilleure arme qui soit contre cette pensée parfois sournoise qui me traverse: que vais-je devenir, que vais-je faire de mon corps, sur lequel les années s’installent, moi qui n’ai pas pu voir ma mère vieillir, si je ne porte plus d’enfant, si je n’allaite plus, si je ne sens plus cet élan de vie? Et bien la réponse, c’est la vitalité de Soline qui me l’a donnée… Il faut que je le choie, ce corps, car c’est sur lui que je vais trouver appui pour élever mes trois petits bouts, c’est lui qui va me permettre d’être près d’eux le plus longtemps possible. L’élan de vie ne sera plus le même, mais il sera là quand même, pour me permettre de les aimer et aimer mon mari, pour me pousser vers de nouveaux projets personnels et professionnels….

Ce fut ma dernière goutte de lait mais c’est surtout, le début de nouveaux horizons…

L’Art de l’allaitement maternel, Leche League

Les années de lait de Marie Austral