Rediffusion de l’année dernière…Car chaque mot demeure vrai… Joyeux et Saint Noël à tous!

tour« J’ai souvent pensé à ce tableau de Georges de la Tour, Le Nouveau-né, à la naissance de Louise. Comme elle est née mi-novembre, je me suis vite retrouvée avec mon nourrisson dans la période de l’année où les nuits sont les plus longues. Et à Noël, chez mes beaux-parents, lorsque je me levais au creux de la nuit pour la nourrir, j’allumais dans sa chambre, une guirlande électrique faite de petites bougies pour avoir un peu de lumière. Et dans le clair-obscur qui se créait ainsi, je pensais à ce tableau. Moi aussi, j’étais une mère penchée, dans le secret de la nuit, sur son nourrisson, béate d’émerveillement…mais un peu inquiète, aussi, face à ce petit être inconnu. Petit être si délicatement représenté dans cette oeuvre du XVII ième siècle et de manière si réaliste pour l’époque…

J’ai souvent pensé à ce tableau et à cette femme qui se tient à côté de cette mère et de cet enfant, tout en rondeurs douces, éclairant la scène d’une bougie et qui semble vouloir les protéger tous les deux. Combien cette présence bienveillante et rassurante, je l’avais sous-estimée avant d’avoir des enfants, moi qui pensais que devenir mère allait couler de source. Elle me fait penser à toutes ces auxiliaires de puériculture formidables qui sont venues la nuit, à la maternité, m’aider à mettre mon enfant au sein, me donner des conseils face à ses pleurs ou tout simplement m’écouter, la nuit réveillant les angoisses d’une jeune maman. J’ai donc souvent songé au troisième personnage de ce tableau.

Et puis, comme ce fut le cas dans les premières semaines de vie de Louise, demain, c’est Noël, alors comment ne pas vous présenter ce chef d’oeuvre aujourd’hui, alors que sa contemplation nous fait penser à la Nativité, même si les signes religieux se sont effacés devant la profonde humanité qui s’en dégage. J’aime ce que dit, à ce propos, Pascal Quignard dans l’étude qu’il a consacrée au peintre : « Chez La Tour, les dieux sont sans nimbes, les anges sont sans ailes, les fantômes sans ombre. On ne sait si c’est un enfant ou Jésus. Ou plutôt : tout enfant est Jésus. Toute femme qui se penche sur son nouveau-né est Marie qui veille un fils qui va mourir. » Ce tableau, tout en étant empreint de spiritualité, touche aux thèmes universels que sont le mystère de la naissance d’un enfant et le secret de la maternité. Il me bouleverses car, que l’on soit croyant ou non, il nous parle d’une vie qui se lève, d’une lumière qui s’allume au creux de ces longues nuits de décembre… 

Belle nuit de Noël à toutes et à tous, emplie d’espérance! Qu’elle vous soit aussi douce et sereine que pour cet enfant peint par de la Tour, endormi dans la chaleur des bras de sa mère… »

Le Nouveau-né de Georges de la Tour, musée des beaux-arts de Rennes.

Georges de la Tour, Pascal Quignard, éditions Galilée