maternite-klimtC’est en voyant dans Paris ces magnifiques affiches avec une Judith tout en or pour l’exposition Au temps de Klimt, la sécession à Vienne, qui a lieu actuellement à la Pinacothèque que j’ai eu envie d’évoquer un tableau de Klimt pour ma rubrique « le tableau du mois ». Il y a longtemps, dans une autre vie, j’ai écrit, en effet, un mémoire sur la passion amoureuse dans les nouvelles de Stefan Zweig. A cette occasion, j’ai eu la chance d’aller plusieurs fois à Vienne pour m’imprégner de cette atmosphère viennoise dans laquelle Zweig est né. Et c’est ainsi que pour comprendre la Vienne du début du Vingtième siècle, j’ai passé des heures au musée du Belvédère à contempler les tableaux de Gustav Klimt, à rêver devant son Baiser. De ce temps là, remonte mon admiration pour ce peintre. En 2006, le Grand Palais avait organisé une grande rétrospective intitulée « Vienne 1900 » et c’est là que j’ai vu cette oeuvre qui m’interpelle tant et sur laquelle je veux me pencher aujourd’hui : Les trois âges de la femme.

Ce tableau qui a été peint en 1905 représente une femme à trois étapes de sa vie: enfant, jeune et vieille. Il est connu car le duo de la femme et son enfant est souvent représenté, en laissant de côté ce qui nous gêne et effraie bien sûr: notre propre finitude. Mais il faut dire que cette scène d’une mère endormie, mais toujours protectrice, qui entoure de ses bras son enfant se blottissant contre elle est juste d’une beauté renversante pour moi. Leurs cheveux qui s’entremêlent, leur peau qui se touche, et surtout cette douceur qui se dégage de leur duo, voilà une représentation de la maternité heureuse et de cet amour inconditionnel d’une mère pour son petit.

GustavKlimtLesTroisAgesDeLaVie1905

Je pense souvent aux visages de cette femme et son enfant, quand il m’arrive de dormir avec mes petits. Pas plus tard qu’il y a quinze jours, nous avons dormi, les trois filles ensemble, à l’hôtel, sur la route du ski. J’ai passé une bonne partie de la nuit à les regarder respirer calmement dans leur sommeil, à m’imprégner de leur air serein… Et puis, cette façon de se blottir instinctivement contre moi, sentir leur chaleur et leur souffle dans mon cou… Bon, bien sûr, toutes les nuits avec un enfant sont loin d’être idylliques, surtout si votre petit bout vous réveille pour la troisième fois et que vous devez aller bosser le lendemain! Mais voilà, parfois j’aime prendre le temps de regarder dormir ma nichée et j’aime me laisser glisser dans le sommeil à leurs côtés, comme sur le tableau…

Evidemment, il reste ce troisième personnage qu’on occulte souvent… cette vieille femme dont elle, on ne voit pas le visage et qui a une pose affligée…Elle n’a l’air en rien sereine avec le fait de vieillir… en rien sereine à l’approche de la mort… Elle me fait froid dans le dos et en même temps, sa présence est importante, elle nous rappelle de savourer notre vie. Alors, moi, j’espère juste, que quand je serai toute vieille comme elle, je pourrais encore me souvenir des belles choses et notamment de ces sommeils partagés avec mes petits…

Les trois âges de la femme, Gustav Klimt, Galerie nationale d’art moderne et contemporain de Rome

Exposition Au temps de Klimt, la sécession à Vienne, à la Pinacothèque de Paris, 28 place de la Madeleine.