lettre bis
C’est un beau cadeau que m’a fait ma chère amie Priscille. C’est elle qui m’a, en effet, prêté ce court ouvrage intitulé Lettre à une mère, en me confiant que c’était sa mère qui lui avait offert lorsqu’elle était enceinte de sa première fille. J’aime lire, moi à qui cela a tant manqué à ce moment là, dans ce geste d’une mère pour sa fille, toute la tendresse liée à cette transmission… « Toi aussi, tu vas devenir maman, ma fille, voici un livre pour te parler de cette belle aventure que tu vas vivre… » Car, ce texte très beau, parut en 2005, nous emmène au coeur de la maternité, de la conception à la naissance…. Mais… du point de vue d’un homme! Et pas des moindres, puisqu’il s’agit du Docteur René Frydman, celui qui a permis la naissance du premier « bébé éprouvette » en 1982 et qui, plus récemment, a permis la venue au monde du premier bébé « médicament » en France, ou le bébé du « double espoir » selon ses propres termes, à l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart.

Cet obstétricien spécialisé dans les problèmes de fertilité a aidé des milliers de femmes à devenir mères, a assisté à des milliers d’accouchements. Et pourtant, il ne s’en lasse pas, toujours émerveillé par ce miracle qu’est la vie, comme il le décrit si bien: « Je me suis posté au début de la vie, c’est là que l’on a la plus belle vue. Paysage féminin tout en rondeurs et en courbes apaisantes, où je regarde le possible, l’enfant pas encore né, la femme pas tout à fait mère. Je me réchauffe à ces existences en devenir. »

Cette joie du médecin devant la vie qui se lève, m’émeut et me fait penser à mon gynécologue, ce jour de mars 2011, où je suis venue dans son cabinet, car j’avais un rendez-vous prévu de longue date et où il s’est trouvé que le matin même, j’avais fait un test de grossesse qui était positif. J’étais allée faire une prise de sang mais je n’avais pas encore récupéré mes résultats. Je n’osais pas trop y croire, après tant de difficultés pour être enceinte dans notre désir de deuxième enfant. Il s’est empressé de téléphoner au laboratoire, oui j’étais enceinte, oui les taux étaient bons… En raccrochant, il m’a regardé avec un grand sourire, en laissant s’échapper « YES »! Je crois qu’il était aussi content que moi! René Frydman le dit, lui aussi: « J’ai des émotions fortes à guetter la vie ».

Il évoque d’ailleurs à ce sujet la fresque L’Annonciation de Fra Angelico, que j’ai contemplée moi aussi avec ravissement lors de mon voyage à Florence, au couvent San Marco. Il écrit: « j’ai longuement dévisagé la Vierge, empli d’un bonheur tout intérieur, j’ai vu le doute et la crainte au coin de sa bouche. J’ai reconnu sous sa peau diaphane tant de visages familiers de la maternité… toute la grâce des mères. »

fresque_annonciation

J’ai aimé que ce professeur éminent et connu se laisse découvrir dans ces pages, parle de son parcours, lui qui a été conçu en 1942 par ses parents parce qu’ils pensaient que le fait d’être enceinte protégerait sa mère, juive, de la déportation, lui qui a donc été pensé comme un « protecteur in utéro ». Lui qui, au début, ne se destinait pas à l’obstétrique mais qui a finalement « emprunté le chemin des mères » par révolte devant la fatalité de la mortalité en couches, de la stérilité et de la douleur. Et ces quelques mots aussi qu’il livre sur son combat actuel, lui qui veut toujours défier le destin, sur ce qu’il appelle la « fatalité génétique » sont très intéressants à lire pour mieux appréhender ce débat qui touche à l’éthique.

Et puis, quelle émotion, quelle douceur, à quelques jours de la première bougie de Soline que de relire sa propre grossesse à travers ces pages. La première fois où l’on entend le coeur de son bébé, la première fois où l’on sent son enfant bouger, le ventre qui s’arrondit, la naissance, où nous n’avons qu’une envie, serrer son petit contre soi, « comme s’il fallait d’urgence combler l’espace qui vous sépare ». Emotion toujours renouvelée, à chaque grossesse, à chaque naissance…

Encore merci donc à Priscille de m’avoir fait découvrir ce joli récit dans lequel j’ai, en plus, trouvé une phrase qui pourrait résumer une bonne partie de ce que représente pour moi l’écriture de ce blog: « Tous les rivages de la maternité ne se ressemblent pas ». Vous faire partager mes lectures, mes recherches sur ce sujet, loin de la vision idyllique qui peut être transmise parfois, vous faire découvrir des « rivages différents », voilà ce qui me tient à coeur…

Bonne lecture!

Lettre à une mère de René Frydman, éditions Le Livre de Poche