Elisabeth-Louise_Vigée_Le_BrunLors de ma dernière visite au Louvre avec les enfants, j’ai été attirée par un tableau. Ce n’était pourtant pas l’œuvre la plus grande ni la plus connue de cette immense salle où elle est exposée. Mais mon œil s’est attardé sur cet autoportrait d’Elisabeth Louise Vigée – Le Brun avec sa fille, peint en 1789.

Bien sûr, la fusion entre ces personnages m’a interpellée ainsi que la douceur des traits des visages et le tombé des drapés. Peintre de Marie-Antoinette, Elisabeth Louise Vigée – Le Brun, femme brillante, libre et forte, est l’un des premiers peintres à représenter la tendresse maternelle dans la vie de tous les jours. Et j’ai évidemment pensé que cette oeuvre avait toute sa place dans la rubrique « le tableau du mois » de La Turbulette.

Mais si ce tableau m’a retenu, c’est avant tout car il m’a parlé intimement et touché. J’y ai vu l’expression de ma propre relation à Louise et d’un souvenir en particulier.

Il y a un peu plus d’un an, Louise est partie en vacances une dizaine de jours chez ses grands-parents. Première fois toute seule, sans son frère. Ma petite fille, devenue grande avec l’arrivée de Soline. Ce séjour s’est très bien passé et j’étais impatiente de retrouver mon ange blond. Me voici bien à l’heure à la gare de l’Est, avec Soline en écharpe, toute tournée vers cette voiture de train d’où elle devait descendre avec sa grand-mère. Cinq minutes passent, puis encore cinq. Le train a du retard. Au bout de vingt minutes, je reçois un SMS de ma belle-mère pour me dire qu’elles sont arrêtées, pas loin de Paris mais que des cheminots en grève bloquent les voies. Cela est confirmé quelques temps après par les annonces sur le quai. Le temps passe…Le train va t-il finir par arriver?

Inquiète, j’imagine ma petite puce fatiguée par le voyage si près de sa maman, mais pas encore arrivée. Au bout de plus d’une heure et demie, ma belle-mère m’appelle pour me dire que le train est finalement Gare de Pantin et que tout le monde est débarqué car les manifestants bloquent toujours les voies et que la police va arriver.

C’est où Pantin?

Pas franchement rassurée de savoir ma fille et ma belle-mère coincées entre les cheminots en colère et les flics, je cours avec mon bébé toujours en écharpe, chercher cette fameuse gare. J’arrive, et au milieu des CRS et des mamies un peu paumées avec leurs grosses valises qui se demandent comment rejoindre le centre de Paris, je vois Louise. Je pile et me gare à l’arrache. Je monte sur le trottoir. Louise m’a vue, lâche la main de sa grand-mère et court vers sa mère. Et moi qui l’attend depuis des heures, moi qui ai tant attendu cet enfant, je me baisse et ouvre les bras.

Joie du choc de la sentir se lancer contre moi, et telle Madame Vigée-Le Brun, bras qui enlacent mon cou, bras qui enserrent ma fille retrouvée. Tournoiement sous le soleil de juin et baisers répandus par milliers sur les cheveux blonds et les joues si douces.

Depuis, Louise me propose souvent de jouer au jeu du « tu sais comme quand j’étais à la gare ». Jouons, mon enfant… Elle s’éloigne le plus loin possible de sorte à avoir beaucoup d’élan (prophétie de quand elle sera une jeune adulte?) puis court vers moi pendant que je me baisse pour l’accueillir dans mes bras.

Ces quelques mots pour laisser une humble trace, à la manière de Madame Vigée-Le Brun, de cette complicité entre mère et fille, de cet amour là.

NB: Une rétrospective consacrée à Elisabeth Louise Vigée – Le Brun aura lieu au Grand Palais du 23 septembre 2015 au 16 janvier 2016. Hâte d’aller la voir! Pour en savoir plus, cliquez ici.