ordi bisDans le ELLE de cette semaine, il y a une interview très intéressante de l’historienne Yvonne Knibiehler, spécialiste de l’histoire des femmes dont le dernier ouvrage s’intitule Questions pour les mères. Agée aujourd’hui de 92 ans, elle continue à être une féministe à contre-courant, qui pense que la maternité demeure un enjeu central de l’identité féminine, alors que souvent le droit des femmes et le droit des mères ont été, à tort selon elle, opposés. Elle milite toujours, entre autre, pour que les femmes puissent s’occuper de leurs enfants sans hypothéquer leur carrière. Elle demande à ce que la maternité soit dépénalisée.
Malgré son âge avancé, que je trouve sa prise de position rafraichissante et encourageante! Surtout dans notre monde actuel, où les femmes sont trop souvent face à ce dilemme:  soit tu es mère et tu décides de te consacrer à tes enfants en sacrifiant ta carrière, soit tu retournes travailler mais alors là, dans ce cas, fais bien oublier que tu as des enfants car on attend de toi une présence et une rentabilité maximales. Je rejoins donc pleinement cette historienne dans sa vision des choses car, moi aussi, je déplore le fait que trop souvent les femmes soient confrontées à toutes ces oppositions.
Oui, il est possible d’être une maman présente qui a, notamment, envie de profiter de son enfant bébé et, en même temps, une collaboratrice de qualité, surtout aujourd’hui où nous sommes aidées par l’essor des technologies. Bien sûr, cela demande pas mal de gymnastique organisationnelle et un conjoint au top mais c’est possible… ou en tout cas, cela peut être rendu possible puisque « les solutions sont à inventer », affirme Yvonne Knibiehler.

Soyons donc inventives et force de propositions! Pourquoi ne pas réfléchir à une des propositions qu’elle avance, par exemple à savoir une sorte de congé maternité graduel avec une diminution du temps de travail à la fin de la grossesse et une augmentation progressive après l’accouchement pour un retour en douceur à son poste mais sans une franche rupture? Cela permettrait à celles qui le veulent de pouvoir plus facilement allier maternité et monde du travail. Ce genre de réflexions serait moins idiote, je trouve, à mener, que certaines propositions, actuelles, comme diviser par deux le temps du congé parental pour une femme. Car, si cette réforme est finalement adoptée, encore une fois, une femme qui décide de rester quelques temps à la maison avec son enfant, pendant ces années si précieuses où ce petit être se constitue, sera pénalisée financièrement! Et déjà, qu’en congé parental on ne roule pas sur l’or.

Alors que cette femme en congé parental permet ainsi de libérer une de ces si précieuses places en crèche, qu’elle ne coûte rien à sa commune car souvent elle prend les aînés à déjeuner au lieu de les mettre à la cantine, qu’elle permet de faire du lien social puisque la plupart de celles que je connais donnent de leur temps à la Croix Rouge, à la bibliothèque de l’école, etc…on veut lui réduire de moitié cette période. Et pour celles qui malheureusement subissent plus qu’elles ne décident le congé parental parce qu’elles n’arrivent pas à subvenir aux frais de garde avec leurs bas salaire, que va t-il se passer aux 18 mois de l’enfant? Ah oui, j’oubliais, c’est le père qui est sensé prendre le relais. Ou comment faire des économies sous prétexte d’égalité homme-femme... Et sur le dos de la politique familiale….Que l’on souhaite reprendre rapidement une activité professionnelle ou que l’on souhaite rester un peu plus avec ses enfants, tout choix est respectable et doit être encouragé. Je trouve dommage et dommageable que les possibilités des femmes soient ainsi réduites..

En tout cas, dans mon cercle d’amies, ou même en me baladant sur la blogosphère, je reste admirative devant toutes ces jeunes femmes qui bossent et notamment devant celles qui se lancent dans l’aventure de l’entrepreunariat, qui sont de vraies « multi-casquettes », qui réussissent et qui s’épanouissent pleinement, tout en arrivant à combiner ce développement avec une vie de famille. Car, comme le dit Yvonne Knibiehler, « mettre au monde des enfants n’est pas qu’un épanouissement charnel, cela provoque une maturation qui accroît les capacités, y compris professionnelles!« 
J’ai été vraiment interpellée à la lecture de cet article car c’est quelque chose que j’ai toujours ressenti extrêmement présent en moi: j’ai fait des études longues pour avoir un travail qui me plaît, tout en sachant que je n’envisageais pas, déjà, ma vie sans enfants. J’aime travailler, faire avancer des projets au sein d’une équipe, atteindre des objectifs et en même temps je suis une maman qui a souhaité prendre un peu de temps pour ses enfants. Ces deux aspects en moi, loin de s’opposer sont des éléments qui me constituent pleinement. Il n’y a pas d’un côté la femme active, d’un autre la mère, il y a moi tout simplement avec toutes ces possibilités extraordinaires pour lesquelles des générations de femmes se sont battues.
Merci au journal ELLE pour cette belle interview!
Questions pour les mères, Yvonne Knibiehler, Editions Erès
La page Facebook « Congé parental et projet de loi » est ici.

Ce mouvement contre la réforme du Congé Parental a pris énormément d’ampleur ces derniers jours car des milliers de parents se sont mobilisés et commence à être bien relayé par les médias (mouvement apolitique je tiens à préciser!)

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