mode de gardeJe suis sûre que certain(e)s d’entre vous sont en plein dedans… Que vous vivez cette période dans le stress et l’angoisse… Et que vous avez l’impression que jamais, non jamais, vous n’y arriverez…Oui, vous avez tous les symptômes d’une personne… qui cherche un mode de garde pour sa progéniture! Et si je connais si bien ces symptômes c’est que moi-même avec 3 enfants… je les ai vécus plusieurs fois! J’avais déjà abordé ici lors de l’interview de Tiphaine, la fondatrice de Une vie de famille (un réseau de confiance 100% gratuit qui permet de mettre en relation des familles avec des personnes disponibles pour garder leurs enfants), combien ma vie avec les nounous était loin d’être un long fleuve tranquille. Je suis à nouveau dans cette problématique jusqu’au cou avec ma petite dernière puisque reprenant une activité professionnelle en septembre, elle doit être gardée la journée. Alors, j’enchaîne les rendez-vous avec les assistantes maternelles, les familles pour des gardes partagées et les coups de fil à la mairie pour suivre mon dossier en crèche.

C’est pourquoi, lorsque j’ai rencontré Laure Leter au Forum Elle Active et qu’elle m’a parlé de son livre Modes de garde, mode d’emploi, je me suis empressée de le lire. Et je dois dire qu’en commençant ma lecture, je pensais trouver dans ce livre des conseils pour réussir à dénicher la perle à qui j’allais confier mon enfant. J’ai bien trouvé tous ces aspects pratiques dans cet ouvrage mais il m’a également apporté bien plus. C’est, en effet, une enquête passionnante et complète sur les modes de garde en France en 2014 qu’a menée Laure Leter et je suis ravie de l’accueillir aujourd’hui sur La Turbulette afin d’échanger avec elle sur ce sujet crucial pour les parents qui travaillent.

Laure, vous êtes l’auteure de « Modes de garde, mode d’emploi ». Pouvez-vous en quelques mots nous décrire votre parcours?

J’ai 40 ans et je suis maman de deux enfants. Je suis journaliste au magazine Elle depuis 11 ans. J’ai également co-écrit un ouvrage avec la psychanalyste et philosophe, Anne Dufourmantelle, « Se trouver, Dialogue sur les nouvelles souffrances contemporaines«  paru chez JC Lattès début 2014.

Pour quelles raisons avez-vous décidé d’écrire « Modes de garde, mode d’emploi »?

Je me suis d’abord intéressée personnellement aux modes de garde puisque, en tant que mère active de deux enfants, j’ai évidemment été confrontée à cette question: « qui va garder mon enfant? ».

C’est aussi un sujet que je suis depuis longtemps, puisque j’écris des papiers pour Elle sur les actualités et les évolutions des modes de garde depuis une dizaine d’années. Je suis donc très informée sur le sujet, voire même sur-informée. Et pourtant, même pour moi, le système français qui est un système très riche restait complexe. Parfois, je me disais que les parents avaient vraiment de quoi être perdus.

Il y a quatre ans lors du Forum Elle Active (dédié aux femmes et au travail), je souhaitais faire intervenir quelqu’un qui aurait écrit un livre qui puisse à la fois éclairer les parents sur les différents modes de garde, mais aussi sur leurs coûts, sur les possibilités qui existent pour les parents qui ont des horaires décalés etc. Un livre qui aurait permis un état des lieux des modes de garde en France… Et je n’ai pas trouvé ce livre! Car s’il existe des manuels pour tout, même pour survivre dans la jungle, il en existe très peu pour décrypter le grand « mercato » des crèches et des assistantes maternelles. L’idée d’enquêter sur ce sujet crucial pour les parents est donc venue de là.

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Vous écrivez, en effet, Laure, au tout début de votre livre que « pour un parent qui travaille, une bonne information sur les modes de garde est le nerf de la guerre ». Pourquoi?  

Tout d’abord, parce que trouver un mode de garde pour son enfant, et surtout le bon, est vraiment une des clés pour favoriser l’épanouissement professionnel. J’entends par le « bon » mode de garde, celui qui correspond aux parents, celui qui les rassure et dans lequel l’enfant est bien. Car, partir au travail en ne se sentant pas en confiance pour la garde de son enfant peut vite devenir un enfer et empêcher de travailler sereinement. A l’inverse, si le mode de garde fonctionne bien, on est rassuré sur ce point et donc aussi plus disponible et efficace dans son travail.

Ensuite, effectivement, avoir les bonnes informations à ce sujet est également crucial. Car, même s’il existe une aide proposée par la CAF qui s’appelle « le complément du libre choix de mode de garde » il faut savoir que le choix n’est pas si libre que ça, loin de là! Il vaut mieux donc être informé et avoir une vision réaliste des choses pour pouvoir s’adapter, notamment parce qu’il existe de fortes inégalités territoriales concernant l’offre des modes de garde. Penser que l’on va obtenir une place en crèche, alors que dans sa commune, il y a très peu de ce type de structures, c’est faire l’autruche. Il faut donc se renseigner, et ce avant même la naissance… même si on n’a pas trop envie d’y penser à ce moment là, bien sûr! 

Et la réalité est là : la question des modes de garde impacte surtout le travail des femmes. Alors, autant être bien informée! 

Couverture Une vie de famille

Vous nous parlez de « bon » mode de garde. Mais existe-t-il un mode de garde idéal?

Pour vous répondre sur ce point, je peux vous citer les propos de Sylviane Giampino qui est psychanalyste et fondatrice de l’Anapsy (Association nationale des psychologues pour la petite enfance), que j’ai interviewée dans mon livre : « Aucune recherche sérieuse n’a démontré à ce jour qu’un mode de garde serait meilleur qu’un autre pour les enfants. De même si l’on se réfère aux études menées depuis trente ans sur le sujet, aucun type de garde n’a, en soi, d’effets négatifs sur le développement des enfants, plus ou moins qu’un autre: qu’ils soient gardés par leur mère, en collectivité ou chez une assistante maternelle, ce qui est déterminant n’est ni le lieu ni la personne, mais la qualité de la relation entre une personne, un service et l’enfant. ». Le meilleur mode de garde est aussi celui qui apaise le mieux les angoisses des parents et qui sadapte à leurs horaires de travail.

La crèche est pourtant le mode de garde le plus plébiscité par les parents et notamment car certains appréhendent la relation en tant qu’employeur avec une assistante maternelle ou une auxiliaire parentale. Quels conseils pourriez-vous donner aux parents qui vont mettre en place ce type de garde?

Il est évident que la crèche est le système de garde le plus facile à mettre en place: vous n’avez pas à vous occuper des repas, pas à penser à la paie, pas de management à faire.

Cependant, les parents n’ont pas avoir peur des modes de garde qui les placent en position d’employeurs. Bien sûr, quand vous êtes vous-même salariés, au début, cela peut paraître étrange d’employer quelqu’un et d’autant plus quand elle/il s’occupe de la prunelle de vos yeux. En tout cas, vous n’êtes pas habitué ou formé au management. Mais si vous adoptez une posture professionnelle avec cette personne dès le début, il n’y a pas de raison que cela se passe mal. Il faut arriver à se mettre dans la peau d’un employeur. Par exemple, en se renseignant sur ses droits et ses obligations légales avant de commencer le recrutement, en préparant un questionnaire détaillé pour l’entretien d’embauche, en étant super précis dans ses demandes, en apprenant à formuler des critiques ou sa satisfaction (ce qui est souvent le plus difficile pour les parents). N’hésitez pas à vous rapprocher d’organisme(s) comme la FEPEM (Fédération des particuliers employeurs) qui peut vous aider à professionnaliser votre approche.

Votre livre est un véritable état des lieux des modes de garde en France. Après cette enquête approfondie et sachant que j’habite en Ile de France, avez-vous un pronostic sur qui va garder ma petite Soline à partir de septembre?

Et bien Cécile, selon les statistiques, cela risque bien d’être avant tout…Vous! On le sait en effet peu, mais selon des chiffres de 2014, 61% des enfants sont gardés principalement par l’un ou leurs deux parents. Ces enfants peuvent éventuellement avoir un autre mode de garde une partie du temps, mais ce sont leurs parents qui restent leur mode de garde principal. Notamment avec le travail à domicile ou les horaires décalés. La garde des enfants, c’est encore « la grande débrouille ».

Sinon, Soline a le plus de chances d’être gardée par une assistante maternelle puisqu’elles représentent globalement en France 56% des places d’accueil des moins de trois ans, devant les crèches (30%), l’école maternelle (10%) et la garde par un salarié à domicile (4%) (chiffres de février 2013, par le Haut Conseil à la famille)

Pensez-vous que l’objectif de création de  275000 places d’accueil supplémentaires pour les 0-3 ans sur la période 2013-2017 fixé par la Convention d’Objectif et de Gestion de la petite enfance (COG) sera atteint? 

Ce sont bien des objectifs. Pas des promesses! Les mesures sont incitatives mais il ne faut pas oublier que ce sont au final les communes qui sont libres de décider de construire ou non des crèches. Il faut donc une volonté politique forte au niveau national mais donc aussi au niveau municipal pour que  les questions liées à la petite enfance soient réellement prises en compte. Il existe pourtant peu, et c’est dommage, de lobbys parentaux pour porter ces questions dans le débat public. 

Ecolier Une vie de famille

On entend surtout parler du manque de places en crèche. Mais que se passe t-il après les trois ans de l’enfant, le soir, le mercredi et pendant les vacances scolaires?

Dans la plupart des cas, c’est encore une fois pour les familles « la grande débrouille ». Avec le périscolaire qui se termine à 18h30 (dans le meilleur des cas), les familles doivent trouver une solution car, pour beaucoup de couples actifs, il est difficile de quitter son travail pour pouvoir récupérer son enfant à cette heure-là. Alors les parents font appel à leur réseau ou à des sociétés privées pour trouver une baby-sitter « post garderie ». Un véritable business est d’ailleurs en train de se développer autour de ce créneau avec du bon et des sociétés très fiables et pro… et du moins bon!

A noter que de manière très confidentielle encore commencent à se développer quelques solutions type centres aérés dans le secteur privé, comme par exemple le réseau associatif Mom’Artre qui assurent la garde des enfants autour d’ateliers jusqu’à..20h!

A propos de solutions novatrices, vous mettez en valeur dans votre ouvrage plusieurs exemples de modes de garde innovants. Quel est celui qui vous le plus marqué et pourquoi?

On le sait peu mais 80% des enfants de moins de 7 ans vivent dans une famille concernées par les horaires de travail atypiques, notamment de nuit. C’est énorme ! C’est pourquoi dans les solutions innovantes, je pense en particulier, au réseau GEPETTO qui est un dispositif conçu pour les parents qui travaillent sur des horaires décalés. Il s’agit de professionnels de la petite enfance qui interviennent sept jours sur sept, de jour comme de nuit, au domicile des parents, toujours accompagnés de leur valise rouge contenant le minimum ludique vital: pâte à modeler, peinture, jeux, marionnettes…Une solution qui permet à ces familles d’avoir un rythme de vie moins stressant et plus sécurisant.

Je pense aussi à cette initiative si intéressante dans notre époque où les solidarités sont émoussées: « Troc Ta Garde ». C’est un site d’échanges de garde entre parents. A chaque fois que vous gardez les enfants d’un autre, vous cumulez des points qui permettent ensuite de faire garder vos propres enfants par une famille membre du site.

Depuis la parution du livre en avril 2014, vous tenez un blog sur le sujet « qui va garder mes enfants » pourquoi?

Après l’écriture du livre, je souhaitais rester à jour sur cette problématique qui évolue vite et qui a toujours beaucoup d’actualités. Et faire ainsi partager cette actualité à mes lecteurs! L’écriture de ce blog quivagardermesenfants.com est aussi l’occasion pour moi d’approfondir certains aspects. Par exemple, j’ai commencé un tour des arrondissements de Paris sur les coulisses des places en crèche. Le sujet de la garde des enfants est passionnant… et c’est une question majeure de société!

Merci beaucoup Laure pour ces échanges! Vous pouvez vous procurer Modes de garde, mode d’emploi dans toutes les bonnes librairies! Et n’hésitez pas à suivre les évolutions des modes de garde sur le blog de Laure quivagardermesenfants.com

Crédit photos/illustrations: Une vie de famille

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