niki en train de tirerIl était temps! Alors qu’elle se terminera la semaine prochaine, le 2 février, je suis allée, enfin, voir l’exposition Niki de Saint Phalle au Grand Palais. Et c’est donc tout naturellement que ma rubrique « le tableau du mois » est consacrée à cette artiste qui s’est tant interrogée, toute la deuxième moitié du XXième siècle, sur la place de la femme dans le monde, sur la condition féminine et sur la maternité.

J’ai été absolument saisie par le regard déterminé et empli de fièvre créatrice de cette femme si belle que les nombreux extraits de films et interviews qui ponctuent l’exposition nous donnent à voir. Cette femme capable de dire avec beaucoup d’aplomb à un homme qui l’interviewait: « La femme fait des mômes ! Les mecs sont tellement jaloux qu’ils ont construit des gratte-ciels, des fusées… La seule chose qui pourrait m’intéresser si je ne pouvais pas créer, ce serait d’être enceinte, mais ça ne dure que neuf mois… Je suis tellement obsédée par la création que c’est la seule chose qui pourrait me satisfaire. Moi, je préfère peindre des accouchements, les bouquets de fleurs c’est pas mon problème. »

Je l’ai regardée, et regardée à nouveau, dans cet extrait de film, car j’ai trouvé que Niki de Saint Phalle touchait là, à un point essentiel de son oeuvre, ce lien entre le fait d’être une femme et en cela être capable de donner la vie (elle-même a été mère deux fois), et être une artiste avec cette quasi pulsion de création, ce besoin irrépressible de créer…

Et cette sorte de violence dans l’acte de créer se retrouve effectivement dans ces sculptures représentant les accouchements, images brutales et impudiques de la maternité. Comment les comprendre? Ces sculptures représentent à la fois la douleur liée à l’enfantement, la destruction même, et le bouleversement que cela entraîne dans une vie de femme avec tous ces objets accumulés, araignées, poupons, oiseaux, chiens, qui donnent une sensation de tournis. Mais en même temps, s’en dégage une impression de force et de puissance, une véritable allégorie de la création…Même si ce sont des oeuvres dures, dérangeantes, je trouve, elles véhiculent parfaitement, selon moi, toute l’ambivalence autour de la maternité.

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La maternité qui est donc au coeur de l’oeuvre de Niki de Saint Phalle, puisqu’on retrouve également ce thème avec ses Nanas, ces « créatures joyeuses à la gloire de la femme », selon ses propres mots. Inspirée par  son amie Clarice Rivers alors enceinte, elle réalise, en effet, à partir de 1965, des sculptures de femmes aux formes généreuses et très colorées qui ne sont pas sans rappeler les Vénus du Paléolithique. Ces Nanas font voler en éclat le rôle traditionnel des femmes et sont les pionnières d’une féminité et d’une maternité triomphantes. Il faut la voir, dans un interview, réclamer un salaire pour les mères qui élèvent leurs enfants puisque, pour elle, il n’y a pas de métier plus difficile! Pionnière vous dis-je, même sur le congé parental!

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Mais, son oeuvre est complexe puisque Niki de Saint Phalle ne s’arrête pas à ces images triomphantes, elle continue à explorer l’ambivalence qui habite les mères avec la série intitulée si justement «Mères dévorantes », sculptures monstrueuses de la « mère qu’on aimerait ne pas être » et qui montre ainsi un côté de la féminité où le grotesque le dispute à la terreur. La femme énorme et repoussante qui se regarde dans sa coiffeuse m’a fait penser à la belle-mère de Blanche Neige « oh miroir, suis-je toujours la plus belle? » qui n’hésite pas à faire tuer une enfant s’il y a concurrence… Sacrée claque aux visions idylliques de la maternité véhiculées dans les magazines!

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Mais au delà des thèmes liés à la maternité et à la féminité, ce qui restera de cette belle exposition, ce sont ces mots de l’artiste à propos de sa série Tirs, qui ont une résonance particulière en cette fin janvier 2015:

« J’ai eu la chance de rencontrer l’art parce que j’avais sur un plan psychique, tout ce qu’il faut pour devenir une terroriste. Au lieu de cela j’ai utilisé le fusil pour une bonne cause, celle de l’art. « 

L’art comme exutoire à la violence, l’art pour empêcher le terrorisme. Vite, il y a urgence à emmener nos enfants au musée, pour leur redire que l’on ne doit pas mourir parce qu’on est un dessinateur, et que l’art peut permettre également d’exprimer ses idées…

Exposition Niki de Saint Phalle au Grand Palais jusqu’au 2 février 2015.

Crédit photos:

A la une: ‘Niki de Saint Phalle en train de viser’, 1972 / Photographie extraite du film ‘Daddy’ / © Peter Whitehead

2) Vue de l’exposition ‘Niki de Saint Phalle’ / © Grand Palais

3) Dolorès, 1968-1995, 550 cm, Résine peinte / grillage, Sprengel Museum, Hanovre,© 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved. Donation Niki de Saint Phalle –

4) Vue de l’exposition ‘Niki de Saint Phalle’ / © TB / Time Out