FamilleSOmmenJ’ai lancé en décembre la rubrique « Métro, boulot, petits pots » car comme je l’avais exposé ici la question de la conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale me tient particulièrement à coeur et que j’ai envie de vous faire partager mon « observatoire » personnel sur ce sujet qui me passionne.

Mais quoi de mieux pour connaître un sujet que de le découvrir de l’intérieur, quoi de mieux pour en appréhender sa diversité et sa complexité que de le vivre « In Real Life »?

Alors, j’ai demandé à des familles de nous dire comment elles vivent au quotidien cet équilibre entre leur vie perso et leur vie pro. Chaque mois, je vous ferai partager les problématiques et bonnes pratiques d’une de ces familles. Ils n’ont pas les mêmes jobs, pas le même nombre d’enfants, pas le même âge, ils n’habitent pas tous au même endroit, mais ils ont en commun de travailler et d’avoir des enfants.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir, pour inaugurer cette nouvelle rubrique « Papa, Maman travaillent », Estelle et Marc. Merci à eux de s’être prêtés au jeu de mes questions/réponses! Et merci à leur fille aînée pour ce beau dessin les représentant… Bonne lecture!

Chère Estelle, cher Marc, pouvez-vous en quelques mots vous présenter? 

Nous avons tous les deux 35 ans et deux beaux enfants à notre actif. Une fille de 6 ans et un petit garçon de 3 ans. Nous habitons en région parisienne. Nous sommes tous les 2 cadres en entreprise, l’un Responsable Financier dans une agence de pub et l’autre Responsable RH dans le monde de l’édition.

Vous travaillez tous les deux. Quel est votre mode d’organisation pour la garde de vos enfants ? 

Avant d’entrer à l’école, nos deux chérubins sont passés par la crèche. Nous adorions ce système qui a beaucoup contribué à leur éveil et leur socialisation mais en termes pratiques c’était une galère car la crèche était loin de notre domicile et de l’ancienne école de notre fille (nous avons rajouté à une situation déjà pas simple un déménagement en cours de l’année scolaire dernière…). Bref, c’était un véritable périple à travers notre ville tous les matins et tous les soirs. Pour nous aider, nous avions embauché une étudiante deux soirs par semaine pour ramener les enfants à la maison. Seulement 1h deux fois par semaine mais ça nous a sauvés. Même si nous avons eu moults soucis avant d’en trouver une qui soit fiable (plus de 5 filles différentes nous ont laissés tombés, parfois en prévenant à peine) et qu’il a fallu recommencer à chercher à la rentrée scolaire suivante… Mais l’année dernière, nous avons trouvé une perle, et ça a tout changé.

Heureusement, cette année, avec la scolarisation de nos deux enfants au même endroit (CP et petite section), tout est devenu beaucoup plus facile pour nous. Aujourd’hui, nous gérons tous les deux sans aide extérieure. Marc s’occupe de les déposer le matin à 8h45 et part au boulot ensuite. Estelle les récupère à la fin de la garderie à 18h30. Ça leur fait des grosses journées mais ça a l’air de leur convenir et il faut bien dire que nous n’avons pas trop le choix… En tout cas, ça change tout d’avoir l’école à proximité !

Quel est pour vous le point fort de cette organisation, ce qui fonctionne vraiment bien et que vous pourriez nous faire partager?

Estelle : J’ai travaillé pendant 6 ans à 80%, depuis la naissance de notre fille, libérant ainsi ma journée de mercredi, ce qui permettait une vraie respiration pour les enfants qui font de grosses journées 4 jours par semaine. Et depuis qu’ils ont école le mercredi matin et que mon congé parental s’est terminé, j’en ai profité pour passer à 90%. Je peux ainsi les récupérer après la cantine le mercredi et passer l’après-midi avec eux.

Un autre point fort indéniable de notre organisation est la proximité de nos boulots (que nous avons choisis en partie sur ce critère-là). Nous allons tous les deux en vélo au travail et avons 20 minutes de trajet. Cela permet de ne pas passer beaucoup de temps dans les transports et de toujours savoir combien de temps nous allons mettre pour rentrer, donc d’être à l’heure. Et même quelques fois de rentrer sur l’heure du déjeuner quand il y’a quelque chose de particulier à faire…

Par contre, y a-t-il un point qui régulièrement pose problème dans votre organisation?

Le plus compliqué à gérer pour nous c’est quand les enfants tombent malades. Là, nous nous regardons un peu genre « qui va céder le premier ? » et nous comparons nos agendas surbookés. Surtout que nous n’avons aucune famille dans le coin ou autre relai auquel faire appel. Pas facile dans ces conditions de gérer l’imprévu ! Mais bon, on y arrive toujours et heureusement ils ne sont pas trop malades.

Evidemment il y a aussi les pics d’activité de l’un ou de l’autre et les inévitables réunions le matin tôt ou le soir tard impossibles à pas déplacer. Dans ces cas-là nous échangeons le matin contre le soir, à charge de revanche. Il faut rester flexible…

Comment gérez-vous vos déplacements professionnels par rapport aux enfants?

Nous avons tous les deux la chance de ne pas faire de déplacements professionnels où très rarement. Honnêtement, cela a là-aussi été un critère de choix de nos jobs sachant que ce serait compliqué voire impossible à gérer pour l’autre.

Vos entreprises respectives proposent-elles des aménagements, des solutions pour faciliter l’équilibre vie pro/vie perso? 

Marc : Le monde de la pub est peuplé de jeunes collaborateurs sans enfants. Autant dire que l’équilibre vie perso/vie pro est la dernière de leurs préoccupations ! Pas d’aménagement de poste, des collaborateurs qui travaillent tous tard le soir, des soirées entre collègues à n’en plus finir. Je dénote un peu dans le paysage et j’ai dû imposer mon rythme, au risque de passer parfois pour moins investi… Je compense par mon expertise mais pas toujours facile de s’intégrer dans ces conditions.

Estelle : Je bénéficie de 4 jours enfants malades par an (c’est déjà ça…) et d’une charte équilibre vie pro/vie perso (que j’ai moi-même rédigée en tant que RRH ☺) qui déconseille notamment les réunions après 18h. Première à avoir eu des enfants dans mon service, j’ai fortement réduit mon rythme (horaires le soir et absence le mercredi) et ai dû démontrer que je n’en restais pas moins efficace. Aujourd’hui mes habitudes sont dans les mœurs de l’entreprise et mes collègues qui ont eu des enfants ensuite ont suivi mon chemin. Cela dit, les preuves restent sans cesse à faire et j’ai dû pousser mon efficacité à l’extrême pour assurer la même quantité de travail qu’à temps plein, voire plus pour qu’on ne puisse rien me reprocher.

Avez-vous déjà eu le sentiment l’un ou l’autre de devoir mettre votre carrière un peu à l’arrêt pour vous occuper de vos enfants ?

Estelle : J’ai littéralement mis ma carrière à l’arrêt pendant 6 mois suite à la naissance d’Oscar avec la prise d’un congé parental à temps plein. J’ai beaucoup apprécié cette période et le temps passé avec mes enfants à ce moment-là de leurs jeunes vies et ne regrette pas du tout mon choix. Aujourd’hui, je travaille dans la même entreprise depuis 8 ans (ponctués de 2 congés maternité…). Sans enfant, j’aurais sûrement changé d’entreprise pour évoluer davantage en responsabilités et en rémunération mais le « confort » d’un temps partiel, d’un emploi du temps maîtrisé et d’un travail proche de mon domicile m’en ont toujours dissuadée car j’ai préféré préserver ma qualité de vie.

A votre avis, le fait d’avoir des enfants a t-il été un frein à votre carrière? Ou, au contraire, un booster? Ou bien cela n’a pas eu d’effet notoire?

Estelle : J’ai eu le droit à des réflexions par-ci par-là de la part de mon manager, du style : « Si tu étais à temps plein, on aurait pu t’inscrire à telle formation mais là…». Cela dit, pas sûr que sans congés maternité et parental j’aurais davantage évolué en interne. Avec une amplitude horaire plus importante et donc une implication sur davantage de projets, peut-être ?

Marc : Pour moi, les enfants n’ont pas représenté un frein. Seulement un fort critère de ciblage géographique quand il s’est agi de changer d’entreprise.

A la maison, comment se répartissent les tâches du quotidien entre vous ? 

Nous essayons de contribuer autant tous les 2 à la vie de la maison, mais chacun a ses domaines de prédilection. Estelle gère plus ce qui est linge, courses, repas, douches du soir des enfants. Marc lui s’occupe davantage de la vaisselle, du rangement de la maison, du jardinage, du bricolage. Côté enfants, Estelle est auprès d’eux davantage dans la semaine comme c’est elle qui s’occupe d’eux le soir mais Marc s’en occupe davantage le week-end, là où Estelle prend facilement du temps pour elle pour décompresser. Nous essayons de trouver le juste équilibre, si tant est qu’il existe. ☺

Y a –t il un site web ou une appli qui vous facilite votre vie de famille au quotidien?

Un site de e-commerce : Ooshop, par lequel nous faisons toutes nos grosses courses, le tout en quelques minutes. Complété par l’appoint au marché du bout de la rue le samedi, ça a changé nos vies. Quel temps économisé de se faire livrer les courses à domicile ! Nous ne savons même plus à quoi ressemble un supermarché…

Egalement le site web bebe-nounou.com quand il s’est agi de trouver nos baby-sitters.

Et notre calendrier familial partagé sur Google Agenda qui nous permet de planifier/suivre les rendez-vous des uns et des autres.

Quel est le moment passé en famille que vous cherchez à préserver au maximum?

Estelle : Le samedi matin quand nous nous offrons une pseudo-grasse matinée et que les enfants viennent nous réveiller au lit avec des câlins. (Profitons-en, ça ne durera pas…). Et les mini-boums que nous faisons très régulièrement à la maison à la demande des enfants qui adorent ça : musique dansante, boule à facette et tout le monde se lâche. Rien de tel pour donner la pêche !

Marc : L’histoire du soir que les enfants attendent avec tellement d’impatience et que je joue à 200% avec les voix des personnages telles qu’on se croirait au cœur de l’histoire.

Avez-vous un « rituel couple » qui vous permette d’avoir du temps de qualité à partager à deux ?

Nous prenons au moins une fois par mois une baby-sitter pour sortir tous les deux en amoureux. Et à toutes les vacances scolaires, nous envoyons les enfants au moins une semaine en vacances chez leurs grands-parents en province. Ils sont tous ravis et nous aussi ! Même si nous travaillons ces jours-là, nous en profitons pour sortir tous les soirs de la semaine (bars, restos, ciné, théâtre, etc.). A chaque fois, nous avons l’impression de revenir 10/15 ans en arrière, quand nous n’avions aucune contrainte. C’est tellement bon de vivre en improvisant sur le moment ! Enfin, nous nous faisons aussi une fois par an une semaine de vacances sans les enfants, au ski ou à l’étranger. Toutes ces bouffées d’air ne rendent les retrouvailles avec les enfants que meilleures…

Et avec tout ça, comment vous faites pour vous organiser du temps rien que pour vous ?

Estelle : Je pratique la danse tous les jeudi soirs et sors de temps en temps avec des copines le soir. Marc joue alors les baby-sitters.

Marc : Moi, je ménage peu de temps juste pour moi, j’en éprouve moins le besoin. Nous essayons de nous adapter aux envies de chacun.

Le mot de la fin… C’est à vous!

Concilier enfants et carrière en entreprise reste compliqué en 2015. Nous avons tous les deux été amenés à faire des choix, à refuser des opportunités professionnelles tentantes peu compatibles avec la vie de famille. Nous essayons de faire au mieux pour que chacun de nous ait un travail qui soit intéressant et lui permette aussi d’être présent auprès des enfants. Espérons que nous réussissions à préserver cet équilibre et que le monde de l’entreprise s’ouvre de plus en plus aux collaborateurs qui tiennent à leur vie personnelle !

Encore merci à Estelle et Marc pour ces échanges très enrichissants!

metroboulot