Mere-epuisee-de-Stephanie-AllenouAvant-hier, soirée intense et riche en émotions! En effet, nous avons eu beaucoup de chance dans ma ville car la municipalité a invité Stéphanie Allenou l’auteur de Mère épuisée à venir témoigner sur le sujet de l’épuisement maternel. Son intervention fut à l’image de son livre, sincère, authentique, sans fard et courageuse car il en faut du courage, je trouve, pour oser dire à une assemblée que vous avez, à un moment de votre vie, perdu pied avec vos enfants. Une psychologue était également présente qui apportait des éclairages supplémentaires très intéressants sur cette expérience, sur ce que c’est que devenir mère.

Mère épuisée est un livre que j’ai offert et que je vais continuer à offrir. Parce que sa lecture peut aider, comme elle m’a aidée à la naissance de mon troisième enfant. Aider une maman qui se sent débordée par les « mini-tyrans » qu’elle tente d’élever, aider quand une maman sent qu’elle va sombrer car elle n’a plus le courage de se lever le matin, plus le courage d’affronter une nouvelle journée seule avec ses petits, aider un papa à comprendre ce que sa femme ressent dans cette situation.. Aider aussi, et surtout, parce que ce livre a été l’un des premiers à aborder ce sujet et à montrer que l’on peut arriver à sortir des cris, des tapes et de ce que l’on appelle l’épuisement maternel. Cette lecture peut tellement être, à mon avis, salutaire que Mère épuisée fut d’ailleurs l’un des premiers ouvrages que j’ai présentés sur ce blog, comme vous pouvez le relire ici.

A l’occasion de cette conférence, Stéphanie Allenou a accepté de répondre à une longue interview pour La Turbulette. Epuisement maternel bien sûr, prévention mais aussi, vous me connaissez, parcours professionnel, équilibre vie pro-vie perso, autant de sujets que j’ai vraiment eu plaisir à évoquer avec Stéphanie et que je suis heureuse de vous faire découvrir aujourd’hui!

Bonne lecture!

Stéphanie, vous êtes l’auteur d’un des livres qui m’a le plus remonté le moral « Mère épuisée ». Pouvez-vous, en quelques mots, nous dire qui vous êtes?

Je m’appelle Stéphanie Biard, Allenou est mon nom de jeune fille, j’ai 40 ans, j’habite Nantes et je suis l’heureuse maman de 4 enfants: une fille qui va avoir 12 ans, des jumeaux qui ont dix ans aujourd’hui et un petit garçon de 18 mois.

J’ai d’abord été éducatrice spécialisée, puis après la naissance de mes jumeaux, je me suis réorientée professionnellement.

Actuellement, je suis en congé parental à 80%, tout en ayant plusieurs activités. Je suis, tout d’abord, salariée 10 heures par semaine à l’Ilot familles, l’association de soutien à la parentalité que j’ai créée. Je suis également vacataire dans une mairie en tant qu’accueillante dans un lieu d’accueil enfants-parents (LAEP). Je suis aussi à la tête de Tribuletsens qui commercialise des triporteurs, c’est à dire des vélos à 3 roues. C’est l’activité dont je m’occupe le moins actuellement, par manque de temps. Et à tout cela, s’ajoutent aussi les conférences que je donne sur le thème de l’épuisement maternel. Bref… je suis multi-casquettes!

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Quand et pourquoi avez-vous décidé de livrer votre témoignage dans cet ouvrage « Mère épuisée »?

« Mère épuisée » est né d’une rencontre. En effet, en 2009, j’ai fait part de mon expérience de mère lors d’une conférence organisée par une association dont je fais partie « Jumeaux et plus ». Sophie Marinopoulos, qui a créé l’association « Les Pâtes au beurre » dans la région nantaise était la psychologue qui intervenait dans cette même conférence. Quelques jours après, elle m’a contactée pour me demander si je souhaitais développer mon témoignage et éventuellement en faire un livre. « Mère épuisée » était donc à la base… une commande de sa part!

J’ai vite accepté, car nous nous retrouvions toutes les deux sur un élément très important pour moi, à savoir que nous faisions cette démarche dans le but de faire de la prévention. Nous pensions vraiment que la lecture d’un tel ouvrage pouvait être utile à des mamans qui se sentent sur la brèche et empêcher ainsi qu’elles ne tombent dans l’épuisement. Et nous avions aussi à coeur de pouvoir peut-être aider quelques mamans qui étaient déjà dans cette situation et qui trouveraient dans le livre un peu d’oxygène. Et quand je vois le succès qu’a rencontré le livre, je me dis que nous étions dans le vrai.

Mon côté littéraire ressort… J’ai envie de vous demander comment s’est passée l’écriture du livre?

Ce fut une expérience incroyable! Et très prenante! Les pages se sont presque écrites toutes seules. L’écriture a été rendue possible parce que je n’étais plus dans le coeur de la crise, moment pendant lequel j’aurais été incapable d’écrire et aussi parce que j’avais pu faire un travail sur moi-même. Et en même temps, je n’étais pas encore trop éloignée de cette période-là, ce qui a permis de pouvoir retranscrire au mieux mes sentiments.

Avec le recul, pouvez-vous nous dire quels sont, pour vous, les signes qui peuvent faire dire à une maman et/ou à son entourage qu’elle est victime d’épuisement maternel?

Selon moi, un des premiers signes qui doit alerter c’est la perte d’envie de se lever le matin. Une irritabilité chronique et/ou une envie de pleurer fréquente sont également des signaux à ne pas négliger. Cette sensation d’étouffer, de manquer d’oxygène, de ne plus être vivante. Vous sortez faire une course dehors sans vos enfants, et d’un coup vous percevez à nouveau que vous pouvez respirer, ressentir des choses… que vous aviez oubliées. Cette sensation d’étouffement risque de mener au fait que la mère se blinde, devienne indifférente à ces enfants pour survivre.

Plus généralement, tout changement de comportement dans la durée doit inquiéter.

Y a-t-il, selon vous, des prédispositions qui feraient que telle ou telle femme risque de  souffrir d’épuisement maternel? Peut-être y a-t-il des facteurs prédisposants? Par exemple, le fait d’avoir des jumeaux?

Je pense que oui, il existe des facteurs qui prédisposent à l’épuisement maternel. Notamment si la jeune maman s’est beaucoup projetée dans cette naissance, l’a idéalisée. Alors il y a un risque qu’il y ait un gros décalage entre la réalité de ce que l’on vit avec un petit enfant et le rêve qu’on en avait. Il y a d’autant plus danger si cette idéalisation est associée à une certaine quête de la perfection dans tous les domaines, si l’on n’est pas prête à lâcher prise et que l’on croit que l’on peut être encore au top sur tous les fronts. Là l’épuisement peut guetter, même si évidemment il y a plein de jeunes femmes qui ne réagiront pas ainsi!

Et puis, il y a des facteurs aggravants. Les naissances multiples cela a été montré, multiplient également les risques. Le fait d’être parent isolé aussi. Et je dis bien « parent isolé » car j’ai aussi rencontré des papas qui vivaient seuls et qui étaient dans une situation d’épuisement.

Je parle souvent du « cocktail explosif » qui peut mener à l’épuisement: manque de sommeil + manque de reconnaissance+ isolement (géographique, amical, social). Alors là, attention danger!

En plus de votre livre, vous continuez à témoigner lors de conférences. Pourquoi?

Je continue à témoigner dans des conférences… tout d’abord parce qu’on continue à me demander de le faire! Et pourtant, les conférences sont toujours des moments très forts pour moi. Car pour pouvoir partager avec mon auditoire, je dois replonger dans ces émotions, ces moments… J’en ressors à chaque fois vidée… mais heureuse d’avoir pu aider!

Car à chaque fois, j’ai des retours de mamans qui me disent combien cela les a aidées à dépasser leurs difficultés. Je reçois même parfois des petits mots avec « merci « écrit dessus après les conférences.

Personnellement je trouve que le fait d’avoir donné la vie à un quatrième enfant est le meilleur signe que l’on puisse donner sur le fait que, oui, on peut se sortir de cet épuisement maternel et même retrouver le désir d’élever un autre enfant. Qu’est ce qui a changé pour vous dans votre rapport à ce « petit dernier » en comparaison avec vos aînés au même âge?

Beaucoup de choses ont changé! Un exemple: alors que comme je le raconte dans mon livre, nous nous sommes évertués avec mon mari à coucher mes ainés dans leur lit quand ils étaient petits, mon dernier enfant a dormi 5 mois dans notre lit, et 15 dans notre chambre! Partant du principe que comme j’allaitais, je ne voulais pas ajouter de la fatigue à la fatigue.

Plus généralement, je pense qu’après l’expérience que j’ai vécue, je m’autorise plus à m’écouter, à prendre en compte ma fatigue. Je suis moins dans l’idéalisation, mais beaucoup plus… dans la pratique!! J’ai moins d’exigences envers moi-même… mais également aussi envers mon enfant! J’ai vraiment réalisé que ce n’était pas grave si mes enfants n’étaient pas parfaitement éduqués à 5 ans… car en fait leur éducation est loin d’être terminée… Ils sont en cours d’éducation! On pourra mesurer le chemin parcouru quand ils auront atteint l’âge adulte… Laissons-nous du temps!

Dans votre livre, vous écrivez que, sans vos trois enfants, « jamais je n’aurais créé Tribuletsens, l’association L’Ilot familles, ni entrepris l’écriture de ce livre » Peut-on dire que cette épreuve a eu quand même un effet bénéfique, celui de vous faire prendre conscience de vos envies/besoins d’épanouissement?

Oui tout à fait, sans cette expérience, je n’aurais sûrement pas entrepris ces projets. On me demande souvent dans les conférences, si je culpabilise. Je réponds que non. Je me sentirais en effet coupable si je n’avais pas essayé de réagir. J’ai cherché à réagir, tout n’a pas été facile, ni parfait, mais j’ai fait tout ce que j’ai pu. Bien sûr, j’aurais préféré ne pas vivre ces moments et surtout, surtout ne pas les faire vivre à mes enfants. Mais je pense qu’il faut savoir être lucide et aussi savoir se pardonner pour aller de l’avant, dans un vrai désir de changement.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les deux structures que vous avez créées?

Tribuletsens commercialise des triporteurs qui sont donc des vélos à 3 roues permettant de transporter dans un bac à l’avant, de 2 à 3 enfants, car c’est un sujet qui me tient à coeur, moi qui ait tant galéré à transporter toute ma petite tribu. C’est là une belle solution!

L’Îlot familles est une association de soutien à la parentalité. Nous avons cherché à mettre en place différents services en partant de la réflexion suivante: de quoi les familles ont-elles besoin? Nous avons défini trois besoins principaux.

Les familles ont tout d’abord besoin de passer de bons moments ensemble avec des activités amusantes pour tous. C’est pourquoi nous avons mis en place la location de vélos spéciaux pour que les familles puissent se promener en s’amusant, se créer de beaux souvenirs.

Il est aussi nécessaire que les familles puissent se rencontrer pour échanger. Un lieu d’accueil enfants parents (LAEP) devrait donc ouvrir d’ici 2016.

Enfin, nous pensons que les parents doivent pouvoir s’appuyer sur des ressources pour progresser dans leur rôle de parents. Des groupes de paroles sur le thème de l’épuisement maternel ont donc été mis en place avec la présence d’un psychologue. Les enfants sont pris en charge pendant ce temps là pour permettre aux parents de venir sereinement. Nous allons également prochainement débuter une formation Faber et Mazlish.

Dernier projet en cours mais pas des moindres: nous souhaitons développer un forum de discussion fermé autour de l’épuisement maternel sur le site internet de L’Ilot familles, animé par un psychologue.

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Dans votre livre, vous vous interrogez sur la pertinence pour les femmes de se couper du monde du travail pour élever leurs enfants. Pouvez-vous nous dire pourquoi?

Il ne s’agit pas temps d’une activité professionnelle que le fait d’avoir une activité tout court… en dehors du congé parental! Certaines jeunes mères se mettent la pression en pensant que parce qu’elles sont en Congé Parental, elles doivent être 24 heures sur 24 au service de leurs enfants. Or, je pense qu’il faut garder un pied dans la société. Etre mère, ce n’est pas être en dehors de la société, ce n’est pas honteux que de reconnaître que l’on peut avoir envie d’avoir une activité propre, en dehors de ses enfants.

En tant que maman et entrepreneuse, comment vous organisez-vous aujourd’hui au quotidien pour concilier vie pro et vie familiale?

Mon petit dernier est à la crèche deux demi-journées par semaine. Ce qui est super… mais pas suffisant par rapport à tout ce que je voudrais faire…Alors, bien sûr, je profite beaucoup de ses siestes pour avancer sur mes différentes activités! Et j’ai l’impression de toujours courir après le temps! Mais ce que je fais me passionne, alors c’est le jeu! Le seul petit bémol est que j’ai mis de côté toutes mes activités personnelles. Depuis la naissance, rien, pas de sport, pas de chorale, pas de danse… Je m’éclate tellement dans ce que je fais, que cela ne me manque pas forcément et je suis, de plus, heureuse d’être très présente auprès de mon petit garçon… Mais je serai contente de retrouver ces moments « perso » quand il rentrera à l’école!

Pouvez-vous donner un petit scoop aux lecteurs de la Turbulette?

Un petit scoop? En ce moment, j’essaye de faire venir du Danemark un triporteur 4 places de la marque Nihola!

Et puis peut être un jour… reviendront les projets d’écriture… Mais il faudra que j’arrive à les caser dans mon emploi du temps!

Un grand merci, Stéphanie, pour votre accueil et votre temps précieux que vous m’avez accordé! Et encore un grand merci pour votre témoignage!

Mère épuisée de Stéphanie Allenou

Association îlot familles

Tribuletsens