enfant mamanNous sommes le 12 avril. Je suis clouée au lit depuis ce matin, malade, malade, malade… Est-ce un hasard? Alors, entre deux vomissements (merci les enfants de m’avoir refilé votre gastro…), je cherche à me concentrer sur autre chose, et je me suis mise à visiter dans mes souvenirs, les images et moments où je l’ai vue heureuse, elle qui nous a quittés, il y a quatorze ans aujourd’hui.

Je t’ai, tout de suite, vue dans l’eau, en train de nager en mer, faisant fi des bouées et des gardes-côtes qui te sommaient de revenir sur la plage. Je crois que tu prenais, avec grand plaisir dans cet espace là, dans cette eau chaude de la Méditerranée, toute la mesure de ta liberté. Je t’ai vue aussi en train de croquer ton petit carreau de chocolat noir avec ton café et même fumer tranquillement ta cigarette le soir, sur le balcon, sous les étoiles. Je t’ai vue aussi rayonnante sur les sentiers pédestres des Alpes, où tu marchais avec ta grande jupe et tes espadrilles, parce que toi, le chemin, tu voulais le sentir, te démarquant ainsi par ton sourire de ces touristes hyper équipés mais si renfermés sur leurs performances.  Je te revois si belle dans ta robe de mariée que tu remettais chaque 1er février pour fêter ton anniversaire de mariage. Je te perçois en train de lézarder au soleil, ou riant aux éclats sur un lac gelé, inconsciente du danger. Tu es là, assise sur le canapé, toujours dans la même position, les jambes repliées, plongée dans un roman qui te fait oublier l’heure et le repas. Je t’ai revue heureuse d’être ensemble, juste tous les 4, heureuse de nous avoir, nous tes enfants que l’on t’avait dit que tu n’aurais jamais, heureuse dans cette petite cellule familiale. Après, j’en suis arrivée à cet âge où l’on a qu’une envie, c’est de voir en dehors de cette cellule… « Mais on n’est pas sérieux, quand on a 17 ans… ».

Je te revois l’été après ce fameux mois de mars, quand diminuée, tu avais quand même réussi à te baigner et à nager, ta joie d’être en vie… Après… Plus de souvenir de maman heureuse, plus qu’une bouillie d’images noires et tristes et ce silence étourdissant du 12 avril.

Cela fait 14 ans que ton sourire me manque… Mais ne t’inquiète pas, il repose au fond de moi et donne du fruit.